Lundi soir, l’Alberta a parlé d’une voix forte, par une majorité écrasante. Selon les projections de CBC, les électeurs ont rejeté l’idée d’un référendum sur la séparation. Ainsi, la province ferme la porte à la rupture sans la claquer. Pourtant, le dépouillement a fait languir les observateurs toute la nuit. Le verdict s’est dessiné peu à peu.
Vers 1 h du matin, près de 76 % des bulletins rejetaient cette consultation. Cependant, on n’avait dévoilé que le tiers du scrutin. Prudence donc : ce chiffre reste une photographie floue, non un tableau achevé. En effet, des bureaux de vote ont ouvert en retard. Ce retard a ralenti l’annonce des résultats jusqu’au petit matin mardi.
Dix questions et une question sur la question
Les citoyens répondaient à dix questions constitutionnelles, un véritable menu à dix plats. Les cinq premières touchaient à l’immigration. Ensuite, quatre autres visaient le partage des pouvoirs entre Ottawa et les provinces. Enfin, la dernière pesait comme une pierre angulaire. Elle interrogeait directement l’avenir de la province dans la confédération. Ainsi, chaque bulletin ouvrait une porte différente.
Ce dernier bulletin posait une question sur la question : fallait-il tenir un référendum sur la séparation ? Dès lors, le dépouillement se concentrait sur ce choix, tel un projecteur braqué sur une scène. Ainsi, les neuf autres propositions pesaient moins dans les conversations du lundi soir. Par conséquent, les regards se tournaient vers un seul chiffre.
Une marée d’électeurs et un bureau à court de bulletins
La participation a donné au scrutin des allures de marée montante. D’ailleurs, quelque 43,1 % des électeurs avaient déjà voté, par anticipation ou par correspondance. Par comparaison, le scrutin provincial de 2023 n’avait enregistré que 27,5 %. Ce taux dépasse donc de loin celui de 2023. Autrement dit, les Albertains se sont déplacés en très grand nombre.
À Maskwacis, sur la réserve autochtone, le bureau de Louis Bull Fire Hall a manqué de bulletins lundi soir. Cette pénurie de papier est un signe : les électeurs étaient au rendez-vous en grand nombre. Ainsi, les files d’attente ont servi de baromètre, comme un fleuve qui sort de son lit. Cette image résume l’élan du jour.
Smith et Carney, un bras de fer en filigrane
La première ministre albertaine Danielle Smith a voté par anticipation. Elle a voté contre la séparation, mais pour toutes les autres propositions. Ce double geste ressemble à une main tendue et à un poing levé. Par ailleurs, Mark Carney a passé la semaine dernière en Alberta pour mobiliser les fédéralistes. Chacun a donc occupé le terrain disponible.
Le premier ministre canadien voulait éviter que les souverainistes, plus mobilisés, occupent seuls le terrain. Vendredi, il s’est dit ouvert à des changements constitutionnels, pourvu qu’un consensus se dessine. Pour plusieurs, la question référendaire servait d’abord de levier. Elle constituait un moyen de pression pour arracher plus de pouvoir à Ottawa. Ainsi, l’enjeu dépassait largement l’urne.
Un verdict à confirmer
Le message des urnes semble clair, mais les chiffres définitifs restent encore à confirmer. Comme un phare dans la brume, la tendance guide sans tout éclairer. Ainsi, la suite se jouera sans doute entre Edmonton et Ottawa, autour des pouvoirs que la province réclame encore.












































