Libreville, le 4 novembre 2025 – Depuis plusieurs jours, l’actualité politique gabonaise est dominée par une injonction juridique dont l’écho ne cesse de résonner : La démission forcée des ministres élus députés. Rappelée avec insistance par le Ministre de la Réforme des institutions, François Ndong Obiang, cette obligation découle directement de l’article 73 de la Constitution de novembre 2024, qui prohibe catégoriquement le cumul entre fonctions exécutives et responsabilités législatives. À l’approche de l’installation du nouveau Parlement, fixée au 17 novembre 2025, le gouvernement se retrouve confronté à une mécanique institutionnelle implacable qui impose à ses membres fraîchement élus de renoncer à leurs portefeuilles ministériels.
Cette règle, en apparence simple, révèle pourtant toute la complexité de la transition politique en cours. Derrière La démission forcée des ministres élus députés se joue bien plus qu’une formalité constitutionnelle : elle cristallise les tensions d’une période post-électorale où chaque geste est lu comme un signal, chaque repositionnement comme une stratégie.
En imposant strictement le principe de séparation des pouvoirs, le président de la République cherche à incarner la rupture promise avec les pratiques antérieures, souvent accusées de favoriser l’ambiguïté institutionnelle. L’article 73 devient alors l’outil d’une clarification profonde, contraignant les responsables politiques à un choix sans équivoque entre l’exécutif et le législatif, et testant leur loyauté envers les nouvelles orientations républicaines.
Mais si la philosophie de la réforme semble claire, sa mise en œuvre, elle, suscite interrogations et critiques. Le délai extrêmement court – moins de deux semaines – laisse peu de marge pour organiser sereinement les départs et anticiper les remplacements.
Des figures centrales comme la Ministre de la Défense, Brigitte Okanowa, le Ministre d’État Ulrich Manfoumbi Manfoumbi, proche collaborateur du chef de l’État, ou encore Camélia Ntoutoume Leclercq, ministre d’État à l’Éducation nationale, doivent abandonner leurs postes en pleine activité stratégique. Ce vide temporaire dans des secteurs aussi sensibles que la sécurité, la coordination gouvernementale ou l’éducation soulève des inquiétudes légitimes.
La question se pose alors : cette rapidité procède-t-elle réellement d’une volonté exemplaire de transparence, ou correspond-elle à un calcul politique visant à sécuriser au plus vite la configuration du futur Parlement ?
Dans ce contexte, la démission forcée des ministres élus députés apparaît également comme un message ferme adressé à toute la classe politique. La Vème République entend faire respecter ses principes fondateurs sans dérogation, rappelant que les chevauchements de mandats, longtemps tolérés, ne trouvent plus leur place dans le nouvel environnement institutionnel.
Ce moment d’ajustement est ainsi l’un des premiers tests grandeur nature de la robustesse de la Constitution de 2024 et de la volonté affichée d’aligner les pratiques nationales sur les standards démocratiques internationaux.
En définitive, cette recomposition accélérée, aussi délicate soit-elle, marque une étape décisive pour les institutions gabonaises. Elle pourrait être perçue comme le passage obligé vers un fonctionnement plus rigoureux et plus lisible de la gouvernance publique. Reste à savoir si ce tournant, imposé dans la précipitation, parviendra à renforcer durablement la crédibilité du pays ou s’il révélera de nouvelles failles au moment même où les fondations de la Vème République cherchent encore leur stabilité.
Par Yann Yorick Manfoumbi Manfoumbi










































