Il y a des silences politiques qui ressemblent à des recharges. Celui de Gérard Ella Nguema, président du Front patriotique gabonais, a duré le temps d’une longue hibernation. Ce jeudi 20 mars à Libreville, l’homme a brisé le gel d’une conférence de presse aux allures de plaidoyer présidentiel autant que de réquisitoire contre l’opposition. Deux cibles, deux trajectoires : Oligui Nguema reçoit les éloges, Alain-Claude Bilie-By-Nze reçoit les coups.
« Sous Ali Bongo, a-t-on vu un tel niveau de réalisations en un an ? » : l’offensive rhétorique
Ella Nguema a salué avec enthousiasme le CTRI qui a mis fin à ce qu’il appelle la dictature des Bongo, après 42 ans sous Omar et 14 ans sous Ali. Son inventaire des réalisations sonne comme un catalogue glorieux : routes en béton, ponts, voies de contournement, nouvelle Constitution via référendum, Cité administrative, réhabilitation du ministère des Affaires étrangères, Baie-des-Rois, deux tours jumelles de 50 étages, bitumage des axes Cocobeah-Ntoum et Oyem-Mongomo, taxis Gab pour l’emploi. « Sous l’ère d’Ali Bongo, a-t-on assisté à un tel niveau de réalisations en un an ? », a-t-il lancé, comparant favorablement trois ans de transition aux quatorze années de son prédécesseur. Les retards ? Imputés aux intempéries, à la structure des sols et aux contingences du terrain.
« Ta place est en prison » : Bilie-By-Nze dans le collimateur
Si Oligui Nguema sort auréolé de la conférence, Alain-Claude Bilie-By-Nze en sort lessivé. Ella Nguema l’accuse d’amnésie et d’imposture : « Notre frère Bilie-By-Nze est peut-être devenu amnésique, au point qu’il oublie totalement qu’il a occupé de hauts postes de responsabilités durant le passage des Bongo au pouvoir. Ministre délégué, ministre, ministre d’État pour finir Premier ministre. Ta place est en prison. Tu devrais remercier le président Oligui Nguema pour ta liberté. » Des mots qui claquent comme une sentence, dans la bouche d’un homme qui range également Ali Akbar Onanga parmi les « oiseaux de mauvaise augure » qui cherchent à écorner l’image du chef de l’État.
Des propositions concrètes adressées directement au président
Mais Gérard Ella Nguema ne s’est pas contenté de défendre et d’attaquer. Il a présenté une liste de propositions adressées directement au président Oligui Nguema : construire des maisons de relogement avant toute démolition, réviser la Constitution pour clarifier le régime, viabiliser les zones de relogement à l’avance, délocaliser l’hôpital de Nkembo, revisiter les conventions du port d’Owendo et clarifier la taxe carbone du Bassin du Congo. Il a par ailleurs salué les politiques souverainistes, transformation locale des matières premières, gabonisation de plusieurs secteurs, arrêt des importations de poulet en 2027, exploitation du fer de Belinga, tout en alertant contre les influences étrangères et les « traîtres internes ». Sa conclusion résonne comme un avertissement affectueux : « Excellence, votre rôle a évolué. Vous n’êtes plus seulement l’incarnation de la rupture. Vous êtes désormais le garant du bon fonctionnement de l’État. »

























