Bavures policières, santé mentale ignorée, concours publics décriés, trafic de drogue, corruption, précarité généralisée… Le Gabon traverse des crises multiples. Mais ce qui frappe le plus ? Le silence imperturbable des autorités. Dans cette tribune, retour acide et critique sur un mutisme d’Etat devenu presque institutionnel, entre aveux d’impuissance et cynisme assumé.
Au Gabon, un étrange phénomène prend forme : Alors que la société croule sous le poids des scandales, des drames humains et des crises sociales, l’Etat, lui reste stoïque, muet, impassible. Un silence si parfait d’on pourrait croire à une stratégie bien huilée… ou à un aveu d’impuissance institutionalisée.
Prenons les bavures policières : des balles perdues qui ne ratent jamais leurs cibles (Franzy NGUEMBI à Port-Gentil), des victimes anonymes vite oubliées, et pas l’ombre d’une communication des autorités pour rassurer ou expliquer. Comme si au Gabon, il était désormais normal que la protection du citoyen passe par sa mise en danger (qui se souvient encore du scandale des cranes rasés par un seul rasoir ?).
Les malades mentaux continuent de hanter les rues, sans abri, sans perspective, transformés en ombres errantes sous les regards fatigués des passants. N’ont-ils pas droit à cette dignité humaine tant attendue ? Les efforts du Pasteur Gaspard OBIANG, à travers son programme communautaire MATSA s’évanouissent chaque année comme un verre d’eau douce versée dans l’océan pour tenter de le désaliniser.
Des concours d’Etat entachés de forts soupçons d’irrégularités ? Magistrature, Police Nationale, ENA 2024 (les contestataires sont perceptibles à crier à la fraude, à l’assemble nationale plus de 8 mois après l’annonce des résultats). Le peuple crie à l’injustice, a l’iniquité, à la fraude… Mais le mur du silence gouvernemental reste intact, épais, inébranlable. Les recrutements publics (quand l’exception devient la règle, par titre plutôt que par concours), eux ignorent insolemment les besoins réels des services pour mieux servir des intérêts copains, coquins, consanguins et clientélistes.
Le trafic de drogue continue sa progression, détruisant des vies et semant la terreur dans les quartiers, pendant que les autorités regardent ailleurs. Et que dire des corps retrouvés sans vie, ces macchabés anonymes qui ponctuent régulièrement l’actualité, sans qu’une explication sérieuse ne soit donnée ?
Les violences sexuelles s’accentuent, surtout sur les mineurs et elles peinent à être prise au sérieux. Pendant ce temps, la prostitution prolifère sans entrave sur les réseaux sociaux, avec une complicité passive d’un système qui semble aveugle et sourd.
Les artistes et sportifs, eux survivent dans la précarité, souvent abandonnés par un Etat qui peine à valoriser ses talents. Et que dire du cout de la vie, avec un kilowattheure devenu un luxe et l’eau qui ne coule plus, sauf dans les slogans officiels.
Et que dire des trafics d’actes d’état civil, et d’actes administratifs, ces magouilles qui permettent à certains étrangers entrés illégalement dans notre pays de se parer de la nationalité gabonaise.
Alors que, des fils du pays peinent à retrouver leurs souches d’acte de naissance dans les services d’état civil. Pendant ce temps, les transports en commun restent un cauchemar roulant (au-delà du projet des taxi blancs arrivés sous le CTRI) : véhicules vétustes, gaz polluants, insécurité mécanique, dans un pays qui pourtant clame haut et fort ses engagements écologiques.
Les marchés spontanés continuent d’envahir les trottoirs, obligeant les piétons à risquer leur vie sur la chaussée, sous l’œil indifférent des autorités. Le racket routier par certaines forces de l’ordre semble érigé en tradition. Et l’insécurité alimentaire se renforce avec la vente quasi-incontrôlée de produits parfois interdits ailleurs, tout comme la vente de médicaments et autres produits de santé sans ordonnance qui expose les plus vulnérables.
Soyons objectifs : il y a eu des avancées, notamment dans la construction d’infrastructures.
Certains chantiers ont vu le jour sous le CTRI et durant la transition. Mais là encore, des signaux inquiétants apparaissent : plusieurs de ces chantiers semblent aujourd’hui à l’arrêt, abandonnés, laissant un goût amer d’inachevé.
Face à ce tableau contrasté, la population garde une lueur d’espoir. Elle espère que le nouveau gouvernement sous la constitution de 2024 rompra avec cette inertie silencieuse, adoptera une approche plus proactive, communicante, transparente, juste et équitable.
Mais en attendant, le silence demeure. Et plus il dure, plus il pèse. Car au Gabon, le silence d’Etat est devenu bien plus qu’un choix politique : un véritable art mortifère.
Juldas Stevince Biwagou, Manager, communicant et homme de médias.











































