Dans les travées paisibles du Lycée technique national Omar Bongo, censées résonner des échos de savoir, une onde nauséabonde d’opportunisme politique semble s’être immiscée. Ce qui aurait pu n’être qu’une rumeur s’est mué en une alerte nationale : le proviseur, Éric Bekalé Ntoutoume, frère d’une haute autorité de l’Éducation nationale, est accusé d’avoir substitué le stylo du pédagogue à la calculette du manipulateur électoral.
Il ne s’agit pas simplement d’une faute administrative. Ce qui se joue ici est d’une portée éthique et symbolique plus grave : la tentative de transformer une institution académique en incubateur de fraude démocratique.
L’école est à la République ce que la fondation est à la maison : le socle de ses valeurs, le lieu de construction du citoyen. Or, que reste-t-il de cette noble mission lorsque les élèves majeurs, encore en formation civique, sont métamorphosés en unités électorales monnayables ?
Si les faits rapportés sont avérés — à savoir l’échange de bulletins de notes contre un NIP, dans le but de rediriger les votes vers une circonscription électorale ciblée, le
Lycée technique national Omar Bongo,
alors nous sommes face à une forme avancée de marchandisation politique de la jeunesse. Une bourse de la conscience où le mérite scolaire s’évalue à l’aune de l’utilité électorale.
L’élève devient alors non plus un apprenant, mais un pion. Et le proviseur, non plus un guide, mais un maquignon de suffrages.
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Le détournement d’un instrument pédagogique, le bulletin de notes, pour des visées électorales équivaut à utiliser un scalpel pour piller une banque. L’outil est noble, mais son emploi est dévoyé.
En agissant ainsi, le chef d’établissement inculque, non pas la rigueur, mais le cynisme. Non pas l’amour de la vérité, mais la stratégie du faux-semblant. L’éthique est piétinée, et l’école, jadis phare dans la nuit de l’ignorance, devient un phare… du naufrage moral.
Le choix de transférer des électeurs vers une localité de la province de l’Estuaire, selon les témoignages, ne serait pas anodin. Cette localité périphérique devient, aux yeux de certains candidats, une terre promise électorale : nombre réduit d’électeurs, forte capacité de bascule avec peu de voix, et absence de vigilance suffisante des observateurs.
Mais transformer une ville en laboratoire de distorsion démocratique, c’est comme semer du maïs sur du béton : la récolte est toxique. Car tôt ou tard, les racines du mensonge gangrènent l’ensemble de l’édifice national.
Ce qui choque ici n’est pas seulement la tentative de manipulation, mais le contexte d’impunité dans lequel elle semble avoir germé. Que le protagoniste soit frère d’une ministre d’État ajoute une dimension de népotisme latent, renforçant la défiance citoyenne envers les élites.
C’est un symptôme d’un mal chronique : la confusion entre service public et service personnel. L’autorité publique, au lieu d’être un levier d’équité, devient un tremplin de reproduction clanique. Et le Lycée technique national Omar Bongo, plutôt qu’un ascenseur social, devient un entrepôt de bulletins dévoyés.
La presse judiciaire a fait son travail. La société civile observe. Les apprenants dénoncent. Il reste maintenant à l’État de répondre.
Sans complaisance. Sans délai.
Car si la jeunesse n’a plus confiance en l’école, si le citoyen doute de son vote, si la justice hésite à intervenir, alors c’est tout l’édifice démocratique qui vacille.
Ce n’est pas seulement une affaire de bulletin truqué. C’est un bulletin de santé alarmant sur notre système démocratique.
Quand un proviseur joue les électeurs comme des chiffres, il enseigne à toute une génération que le pouvoir prime sur la loi, et que le bulletin de note vaut moins qu’une promesse électorale.
Alors répétons-le, avec gravité :
L’élève n’est pas une voix jetable.
L’école n’est pas un bureau de vote clandestin.
Et le proviseur n’est pas un contremaître de la fraude.
Il est temps que la République se regarde dans le miroir de ses institutions et se demande : qui éduque nos éducateurs?
Par Darlyck Ornel Angwe


























