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[Bilan 2025 au Gabon] Un pouvoir plébiscité, un pays inquiet : autopsie d’une année gabonaise sous Oligui Nguema

Rédaction GMI par Rédaction GMI
4 janvier 2026
dans Éditorial
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Bilan 2025 au Gabon

Roland Olouba Oyabi, le directeur de publication de Gabon Mail Infos © Gabonmailinfos

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L’année 2025 restera dans l’histoire contemporaine du Gabon comme celle de la cristallisation des espoirs nés de la transition et de leur confrontation brutale aux réalités du pouvoir. Élu le 12 avril 2025 à l’issue d’un scrutin largement commenté par les médias nationaux et internationaux, Brice Clotaire Oligui Nguema a refermé la parenthèse institutionnelle ouverte par le coup d’État du 30 août 2023. Mais cette clôture formelle n’a pas dissipé toutes les interrogations. Elle a, au contraire, ouvert un temps où chaque décision, chaque silence et chaque chiffre ont été scrutés comme autant d’indices sur la trajectoire réelle du pays. C’est face à cette réalité qu’un bilan 2025 au Gabon s’impose à tous.

Sur le plan politique, l’élection présidentielle s’est soldée par un score aux allures de plébiscite, consolidant l’autorité du nouveau chef de l’État. Toutefois, cette victoire écrasante a été précédée de l’exclusion de plusieurs figures de l’opposition, parmi lesquelles Jean-Remy Yama, Michel Ongoundou Loundah, Pierre Claver Maganga Moussavou et Bruno Ben Moubamba. Si les observateurs internationaux n’ont pas relevé d’irrégularités majeures le jour du vote, cette restriction de l’offre politique a alimenté un malaise persistant, donnant à la compétition électorale des airs de course balisée à l’avance.

La séquence post-présidentielle a accentué cette impression. Après les élections législatives, le Gabon a connu l’intérim gouvernemental le plus long de son histoire, avec des ministres élus députés ou sénateurs attendant d’occuper des fonctions exécutives. Cette situation atypique a atteint son paroxysme avec la nomination d’Henri-Claude Oyima, parent direct du président, au poste de vice-président du gouvernement, cumulant un super-ministère de l’Économie, des finances, du budget, de la dette et de la lutte contre la vie chère. Le maintien simultané de ses fonctions de PDG de BGFIBank a suscité une vive controverse, cristallisant les accusations de conflit d’intérêts et nourrissant l’idée d’une confusion des genres au sommet de l’État.

Les élections législatives et locales ont ensuite assombri l’image initiale de la présidentielle. Le parti présidentiel, l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), a été accusé d’avoir eu recours à un volume inédit de procurations, portant atteinte à la perception de la transparence électorale. Nouveau venu sur l’échiquier politique, l’UDB a accueilli en son sein de nombreux cadres issus de l’ancien parti au pouvoir le Parti démocratique gabonais (PDG). Les nominations opérées dans la foulée ont ravivé les critiques, en raison du retour aux affaires de proches de l’ancien président Ali Bongo Ondimba, renversé en 2023. Pour une partie de l’opinion, cette recomposition a donné le sentiment d’une roublardise politique, où la promesse de rupture s’est dissoute dans les eaux troubles d’une continuité assumée.

Au chapitre de la justice, le bilan 2025 au Gabon a été marquée par le procès dit de la Young Team. Le jugement par contumace de Sylvia et Noureddin Bongo, aujourd’hui installés à Londres après leur sortie du territoire gabonais avec la promesse d’un retour jamais concrétisé, a été perçu comme un moment inachevé. Si des condamnations ont frappé des acteurs secondaires, l’absence à la barre de figures centrales, notamment liées à BGFIBank, a nourri l’idée d’un procès spectacle, où le menu fretin a servi de paravent à l’évitement des responsabilités majeures.

Sur le plan social, l’année du bilan 2025 au Gabon a été marquée par des secousses brutales. Les destructions d’habitations à Plaine-Orety et au Bas de Gué-Gué, intervenues peu après l’élection présidentielle, ont constitué un choc collectif. Plus de trois cents familles se sont retrouvées à la belle étoile à la suite des opérations de déguerpissement de juillet 2025. La remise officielle des clés de nouveaux logements à la cité Bikele-Nzong, le 24 septembre, dans le troisième arrondissement de Ntoum, a partiellement apaisé les tensions, sans effacer le traumatisme ni les interrogations sur la gouvernance urbaine et la protection des populations vulnérables.

L’économie gabonaise a, quant à elle, livré des chiffres lourds de sens. Selon la Direction générale de la Dette, l’encours de la dette publique atteignait 8 606,6 milliards de FCFA à la fin du mois d’octobre 2025. Ce niveau, jugé préoccupant par les analystes et les institutions financières, a ravivé les craintes d’une trajectoire d’endettement difficilement soutenable. Dans ce contexte, l’annonce d’un budget 2026 avoisinant 6 300 milliards de FCFA, contre environ 3 000 milliards quelques années auparavant, a suscité scepticisme et incompréhension. Beaucoup se sont interrogés sur la capacité réelle du pays à absorber un tel volume budgétaire sans fragiliser davantage ses équilibres macroéconomiques.

La sortie d’Henri-Claude Oyima du gouvernement à l’entrée de 2026 a marqué un tournant symbolique. Après huit mois de cumul de fonctions, sa position était devenue politiquement indéfendable. Si son départ a permis de corriger un problème d’image et de mettre fin à un conflit d’intérêts manifeste, il a également ouvert une zone d’incertitude. Principal architecte du budget 2026, il portait une vision ambitieuse fondée sur un taux de croissance projeté de 6,5 %, la création d’une centrale d’achat et l’instauration d’une taxe forfaitaire d’habitation. La question demeure de savoir si son successeur poursuivra cette ligne volontariste ou optera pour une approche plus prudente, alignée sur les critères de convergence de la Cemac.

Un signal économique fort a néanmoins été largement salué dans le cadre du bilan 2025 au Gabon. En mai 2025, le gouvernement a annoncé l’interdiction de l’exportation du manganèse brut à compter du 1er janvier 2029. Cette décision stratégique, assortie d’une période de transition de trois ans, rompt avec des décennies d’économie extractive. Elle vise à transformer localement une ressource clé, à créer de la valeur ajoutée nationale et à renforcer la souveraineté industrielle du pays, une orientation applaudie par une large partie de l’opinion.

Dans la même logique de réappropriation, le Gabon, via la Gabon Oil Company, a racheté les actifs pétroliers d’Assala Energy puis ceux de Tullow Oil, avec le soutien financier du trader Gunvor. Ces acquisitions ont renforcé la souveraineté énergétique nationale et accru la part de la production directement gérée par l’État, inscrivant le pays dans une stratégie de contrôle renforcé de sa chaîne de valeur.

Sur le plan énergétique, le quotidien des Gabonais est resté marqué par les délestages récurrents de la SEEG. Malgré le changement de l’exécutif de l’entreprise et le recours à des solutions temporaires, les coupures ont continué de perturber la vie des ménages et des entreprises. Entre Aggreko, proposant une capacité de 104 MW à moindre coût, et Karpowership, offrant 150 MW à un tarif plus élevé, le pays s’est trouvé face à un arbitrage permanent entre urgence énergétique et soutenabilité financière.

La fonction publique a poursuivi une politique de recrutements largement orientée vers les forces de l’ordre et de sécurité, tandis que d’autres ministères, notamment ceux du Commerce et de l’Éducation nationale, peinaient à atteindre leurs quotas. Cette orientation a renforcé le sentiment que le coup d’État de 2023 avait davantage militarisé l’appareil d’État qu’il ne l’avait rééquilibré. Le chômage des jeunes est demeuré élevé, alimentant la pauvreté et les frustrations sociales.

Du côté de l’entrepreneuriat, les PME-PMI gabonaises ont continué de dénoncer leur marginalisation dans l’accès aux marchés publics et aux financements. Malgré la création de la Banque pour le Commerce et l’Entrepreneuriat du Gabon, les conditions d’accès sont restées jugées complexes, et l’absence de programmes de formation structurants a limité l’émergence d’un tissu entrepreneurial compétitif au-delà de la commande publique.

Sur la scène diplomatique, la décision de la Cour internationale de justice concernant le différend territorial avec la Guinée équatoriale a profondément marqué l’opinion. En s’appuyant sur un traité colonial de 1900, la CIJ a attribué la souveraineté de l’île Mbanié à Malabo, tout en impliquant la rétrocession par la Guinée équatoriale d’une bande territoriale de 375 km² au Gabon. Si chaque État a gagné et perdu à la fois, la perte symbolique de Mbanié est restée en travers de la gorge des Gabonais, perçue comme une blessure à la fierté nationale.

La visite d’État d’Emmanuel Macron à Libreville, le 23 novembre 2025, a constitué un autre temps fort diplomatique. Présentée comme un acte de reconnaissance du parachèvement de la transition, elle a illustré la volonté des deux pays de relancer un partenariat présenté comme équilibré. Le renouvellement du partenariat de défense, la présence militaire française réduite à environ cent soldats et les ambitions économiques partagées ont inscrit cette relation dans une logique de continuité rénovée, sous le regard attentif d’une opinion publique encore méfiante.

Enfin, le bilan 2025 au Gabon s’est achevé sur des fragilités persistantes. Le chômage des jeunes continue d’alimenter la pauvreté. Les entrepreneurs gabonais peinent à accéder aux marchés et aux financements, malgré la création de la Banque pour le Commerce et l’Entrepreneuriat du Gabon. Le sport national, marqué par l’élimination et la suspension de la sélection de football, reflète l’absence de politique de formation durable. L’éducation, fragilisée par la suspension des bourses à l’étranger et par l’hommage insuffisant rendu aux enseignants disparus, demeure le parent pauvre des priorités publiques. Avec la formation, le 1er janvier 2026, d’un gouvernement dominé par l’UDB et l’ancien parti au pouvoir,  le PDG, l’année 2025 apparaît comme un miroir tendu à la nation. Le Gabon y contemple ses ambitions, ses contradictions et ses urgences, à l’orée d’un avenir encore indécis.

Par Roland Olouba Oyabi

Manager des médias et journaliste multimédia, est titulaire d’un Master 2 en Management international des médias (IAE Lille/Université de Lille) et d’une licence professionnelle en journalisme multimédia (ESJ Lille/Université de Lille).

Certifié Référent digital par l’École 241 de Libreville, il détient aussi une licence en gestion et création des organisations (Université de Johannesburg).

Lauréat du Prix du Meilleur Journaliste en Ligne des Awards de la Presse Gabonaise Makongonio 2025

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