Libreville, le 23 octobre 2025- Africa N°1, la grande voix panafricaine d’hier, crépite à nouveau sur les ondes. Mais entre le vernis neuf des bâtiments et les discours flamboyants, quelque chose sonne faux, comme une guitare dont on a changé les cordes sans jamais accorder le cœur du musicien.
La façade brille, les murs respirent la peinture fraîche, les ministres sourient devant les caméras. On parle de « renaissance », de « fierté retrouvée », de « patrimoine radiophonique ressuscité ». Pourtant, derrière ce décor de carte postale, les fantômes du passé traînent encore dans les couloirs, ces anciens employés laissés sur le bord de la route, à écouter leur vie en sourdine.
La réhabilitation d’Africa N°1, c’est un peu comme repeindre un bateau sans colmater les fuites. De loin, tout semble flotter ; de près, l’eau continue d’entrer. Car si les antennes sont debout, les anciens techniciens, journalistes et animateurs, eux, sont toujours couchés sous le poids des dettes et des promesses non tenues.
Certains dorment aujourd’hui dans l’ombre de leur gloire passée, sans retraite ni indemnité. D’autres, partis sans un mot, n’ont emporté que leur micro imaginaire, celui avec lequel ils faisaient parler un continent. Leurs enfants, eux, grandissent en se demandant à quoi sert la « voix de l’Afrique » si leurs parents ne peuvent plus même payer la note d’électricité.
Comme le dit un vieux proverbe de Junckville a Lambaréné: « On ne rallume pas le feu sans ramasser les braises. » À Africa N°1, on a rallumé les projecteurs, mais oublié les braises humaines qui avaient fait la chaleur de cette maison.
Au pays du discours facile, on adore les symboles. Et Africa N°1 en est un tout trouvé : symbole d’un retour, d’un renouveau, d’un héritage qu’on dépoussière pour la galerie. Mais la peinture fraîche ne trompe que ceux qui ne respirent pas la poussière du passé.
Les vrais artisans de cette radio, ceux qui en ont fait la légende, attendent encore qu’on leur rende justice. Certains ont tout donné : leurs jours, leurs nuits, leurs voix, parfois même leur santé. Et aujourd’hui, pendant qu’on célèbre la « réouverture », ils écoutent en silence les échos de leur propre effacement.
Un ancien technicien, croisé à Libreville, lâche cette phrase amère :
« On nous a remplacés par des murs neufs. Mais un mur, ça ne parle pas. »
Les autorités parlent de « renaissance ». Pourtant, la scène ressemble à un embaumement : un corps bien habillé, parfumé, mais sans souffle. On restaure les studios, on coupe le ruban, on applaudit… pendant que ceux qui ont bâti la légende regardent la fête depuis l’autre rive.
Et pourtant, le président Brice Clotaire Oligui Nguema, dans sa quête sincère de restauration nationale, a l’occasion d’ajouter une note de justice à sa symphonie de réformes. Redonner une voix à la radio sans réparer le silence des oubliés, c’est un peu comme rallumer le phare d’un port pendant que les pêcheurs se noient.
Africa N°1 a longtemps été plus qu’une radio. C’était une école, un repère, une maison où la voix africaine résonnait sans frontière. Si cette maison doit revivre, qu’elle le fasse avec tous ses enfants. Car un bâtiment sans mémoire, c’est une tombe avec un toit.
Le véritable redémarrage d’Africa N°1 ne se fera pas au son des ciseaux inauguraux, mais au rythme des réparations morales et sociales.
Car comme le dit un autre proverbe de Lambaréné :
« Le tambour peut changer de peau, mais jamais d’âme. »
Et tant que l’âme d’Africa N°1 restera dans la misère, ses ondes ne seront qu’un murmure dans le vent.
Par Darlyck Ornel Angwe









































