Dans un entretien accordé à RFI, l’opposant gabonais Alain-Claude Bilie By Nzé, ancien Premier ministre du régime Bongo, n’a pas mâché ses mots après la décision de la Cour internationale de justice (CIJ) dans l’affaire du différend territorial opposant le Gabon à la Guinée équatoriale. Il a également vivement critiqué la gestion de l’affaire Bongo par les autorités actuelles.
Interrogé sur la perte des îlots contestés au profit de la Guinée équatoriale, Bilie By Nzé a qualifié la décision de « catastrophe », déclarant : « C’est un peu comme si on se retrouvait amputé d’un membre ». Selon lui, « le Gabon a toujours revendiqué sa souveraineté sur ces îles », notamment Mbanié, que Libreville considère toujours comme gabonaise. « On s’y est installé, se passent là-bas des activités gabonaises », insiste-t-il, réfutant le terme d’« occupation ».
Sur la suite du conflit, l’ancien chef du gouvernement appelle au dialogue : « Le sujet d’une discussion est toujours ouvert », affirme-t-il, se disant favorable à une solution non conflictuelle.
Mais c’est surtout la récente exfiltration de Sylvia Bongo Ondimba et de son fils Noureddin vers l’Angola qui a suscité son courroux. Pour Bilie By Nzé, le pouvoir actuel agit « dans l’opacité totale », dénonçant « dissimulation », « manipulation » et absence de communication sur les montants détournés ou les complicités. Il estime que « le gouvernement avait intérêt à ce qu’il n’y ait pas de procès », pour éviter des révélations embarrassantes.
Il remet également en question les déclarations du procureur général affirmant que la procédure judiciaire suit son cours, jugeant celles-ci contraires à la réalité : « On découvre un beau matin qu’ils ne sont plus là. Mais pourquoi ? Personne n’assume cela au niveau de l’État ».
À propos des accusations de torture formulées par l’avocat français François Zimeray, Bilie By Nzé s’étonne du silence des autorités : « C’est une accusation très grave… Il faut maintenant que les autorités gabonaises s’expliquent ».
Enfin, sur la question d’un éventuel retour des fonds supposément détournés par la famille Bongo, l’opposant insiste : « Il faut qu’il y ait de la transparence. Si l’argent a été retrouvé, qu’on dise quel montant, où, quand, comment ». Selon lui, l’opacité persistante nourrit « la sensation d’avoir été floué » chez de nombreux Gabonais.
Dans un contexte politique sensible, Bilie By Nzé appelle donc à la clarté et au respect de l’intérêt national, estimant que l’État doit rendre des comptes au peuple sur ces deux affaires emblématiques de la nouvelle gouvernance.


























