Un complot présumé contre le président malien Assimi Goïta secoue l’Alliance des États du Sahel. En réponse, le Burkina Faso suspend la chaîne française TV5Monde. La crise révèle les tensions profondes entre les juntes sahéliennes et les médias occidentaux.
Un attentat déjoué à Bamako
Le 25 avril dernier, Bamako a été le théâtre d’une série d’attaques meurtrières. Ces attentats ont coûté la vie au général Sadio Camara, numéro deux du régime militaire malien. Depuis lors, un calme précaire règne dans la capitale.
Les Forces armées maliennes ont tenu une conférence de presse pour préciser les faits. Selon l’armée, plusieurs véhicules kamikazes ont été utilisés lors de l’opération. Plus grave encore, l’un d’eux aurait directement visé la résidence du président Goïta.
« Ce funeste projet avait pour but d’attenter à la vie de nos autorités », a déclaré le commandant Djibrila Maiga, sous-directeur des relations publiques des armées.
Ainsi, les autorités maliennes dénoncent une opération « savamment orchestrée ». Elles visent directement les plus hautes instances de la transition. Ce type d’accusation renforce le sentiment d’encerclement des régimes militaires sahéliens.
TV5Monde suspendue au Burkina Faso
En parallèle, Ouagadougou a durci sa position envers les médias internationaux. Le Conseil supérieur de la communication du Burkina Faso a suspendu la diffusion de TV5Monde. L’institution reproche à la chaîne francophone une « complicité d’apologie d’actes terroristes ».
La chaîne est accusée d’avoir contribué à la déstabilisation des institutions maliennes. Cette
décision s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes entre Ouagadougou et Paris. Elle illustre la volonté des juntes de contrôler le récit médiatique régional.
Une opinion publique divisée à Ouagadougou
Dans les rues de la capitale burkinabè, les réactions sont contrastées. Certains habitants approuvent la suspension de la chaine francophone. C’est le cas de Flore Guigma, qui estime qu’on « ne peut pas laisser ceux qui encouragent le terrorisme diffuser leurs émissions ».
D’autres, en revanche, dénoncent une forme de condescendance médiatique. Serge Théophile Bancé affirme avoir cessé de regarder ces chaînes. Il pointe une façon « condescendante de traiter l’information » envers les pays du Sahel.
Une liberté de la presse en recul
Reporters sans frontières a vivement réagi à cette nouvelle suspension. L’ONG dénonce une interdiction fondée sur des « éléments opaques ». Selon elle, cette mesure réduit davantage l’espace informationnel au Burkina Faso.
Il faut rappeler que depuis l’arrivée du capitaine Ibrahim Traoré au pouvoir, plusieurs médias ont été bannis. Le Monde, LCI, France 24, RFI et BBC figurent déjà sur la liste des chaînes suspendues. Dès lors, TV5Monde n’est que le dernier nom d’une longue série.
Un signal politique fort pour l’AES
Au-delà des faits, ces événements illustrent une stratégie cohérente. Les trois États de l’AES, Mali, Burkina Faso et Niger, consolident leur souveraineté médiatique. Ils rejettent ce qu’ils perçoivent comme une ingérence informationnelle étrangère.
La tentative d’assassinat présumée contre Goïta renforce la rhétorique sécuritaire des juntes. En définitive, chaque crise devient un levier pour légitimer le contrôle de l’information. L’espace pour les voix indépendantes se rétrécit de mois en mois dans la région.


























