Le 27 mai 2026, un grand hôtel parisien devient le théâtre d’un incident journalistique grave. Une équipe de France 24 couvre une interview de l’équipe du film « La Bataille de Gaulle ». Simon Abkarian tient le rôle principal de ce diptyque consacré à l’homme du 18-Juin. La journaliste Nina Masson pose alors une question sur la tribune anti-Bolloré. Cet échange anodin va déclencher une séquence d’intimidation qualifiée de « gravité inédite » par la direction.
La tribune en question avait agité le festival de Cannes quelques jours plus tôt. Des centaines de professionnels du cinéma l’avaient signée pour alerter sur l’influence croissante de Vincent Bolloré. Ce dernier étend son emprise sur le cinéma français via Canal+ et le réseau UGC. En réponse, Maxime Saada, président de Canal+, avait annoncé rompre tout lien avec les signataires. Cette déclaration a immédiatement installé « un climat de peur » dans le milieu culturel français.
Une séquence d’intimidation digne des régimes autoritaires selon la SDJ
Dès la fin de l’interview, l’attachée de presse de l’acteur bloque physiquement l’équipe dans la pièce. Elle exige la restitution immédiate de la carte mémoire contenant l’enregistrement. Nina Masson refuse fermement cette demande illégitime et contraire à l’éthique journalistique. Une seconde attachée de presse rejoint alors l’incident pour renforcer la pression exercée. Sous cette contrainte, les deux journalistes signent finalement « un engagement écrit de non-diffusion du passage litigieux. »
Julie Dungelhoeff, présidente de la SDJ de France 24, réagit avec une indignation claire. « Des méthodes comme ça, où on m’arrache mon matériel et où on me demande de restituer une carte mémoire, ça m’est arrivé dans des régimes autoritaires », déclare-t-elle sur France Culture. Cette comparaison glaçante résonne bien au-delà du seul milieu journalistique français. Par ailleurs, le passage incriminé ne sera finalement pas diffusé, non par crainte de représailles. Les équipes l’ont simplement jugé inutilisable journalistiquement.
France 24 exige des excuses et défend une liberté de la presse non négociable
La direction de France 24 condamne ces pratiques avec la plus grande fermeté institutionnelle. « Nous dénonçons fermement les actes d’intimidation qui ont visé nos équipes », affirme Vanessa Burggraf, directrice de la rédaction. Elle ajoute : « Je trouve la méthode stupéfiante. Elle nécessite des excuses immédiates. » Pour elle, un tel épisode « ne peut pas créer un précédent » dans le paysage médiatique français. En conséquence, France 24 et sa SDJ réclament des excuses publiques des deux attachées de presse mises en cause.
Nina Masson, de son côté, décrit un phénomène bien plus large que cet incident isolé. « Depuis, j’ai reçu sur mes réseaux des dizaines de témoignages de journalistes culture qui vivent la même chose », révèle-t-elle. Nombreux sont ceux qui subissent des pressions pour éviter certaines questions sensibles. « On en a marre de travailler dans ces conditions », confie-t-elle avec une franchise qui traduit l’exaspération collective. Dès lors, cet épisode parisien illustre une dérive profonde qui menace la liberté d’informer en France.
La SDJ apporte « un soutien sans réserve » aux deux journalistes ciblés. Elle rappelle avec force ce principe universel et fondamental : « La liberté de la presse est non négociable. » Finalement, cette affaire dépasse les seules personnes impliquées. Elle soulève une question essentielle pour toute démocratie : jusqu’où peut-on museler ceux qui posent les questions qui dérangent ?
























