Au Gabon, la sardine devient un produit rare sur les étals, malgré une production locale significative. D’importantes quantités continuent pourtant de prendre la route des pays voisins, au détriment des ménages gabonais.
Une interdiction d’exportation rappelée à Cocobeach
Le 30 mai 2026, le gouverneur de l’Estuaire, Marie Françoise Dikoumba, s’est rendu à Cocobeach. Cette ville frontalière avec la Guinée équatoriale constitue un point de transit stratégique majeur. Une délégation du ministère de la Pêche accompagnait la gouverneure lors de ce déplacement.
Sur place, les pêcheurs et mareyeurs ont été rappelés à l’ordre. Un arrêté gouvernemental interdit temporairement l’exportation de la sardine depuis mars 2026. Néanmoins, des quantités importantes continuent de franchir la frontière de manière irrégulière.
Par ailleurs, les autorités ont insisté sur la nécessité d’une régularisation administrative des acteurs du secteur. « La première exigence, comme on est à Cocobeach, ville frontalière, c’est qu’il faut être en situation régulière sur le territoire national », a rappelé la gouverneure. Ainsi, la conformité juridique constitue un préalable à toute régulation efficace de la filière.
Un poisson de proximité devenu inaccessible
La sardine occupe une place centrale dans l’alimentation des ménages gabonais à faibles revenus. Elle devrait, selon les autorités, rester « un poisson de proximité, à moindre coût et de bonne qualité ». Pourtant, sa disponibilité sur les marchés locaux se dégrade de manière préoccupante.
Le paradoxe frappe particulièrement dans les zones de pêche elles-mêmes. « Nous sommes dans un village de pêcheurs et pourtant le poisson se fait rare », a dénoncé la gouverneure Dikoumba. De surcroît, la quasi-totalité des prises part vers l’étranger sans alimenter le marché intérieur.
En conséquence, les populations des villes et des villages côtiers peinent à s’approvisionner. La sécurité alimentaire des ménages les plus vulnérables est directement menacée. Dès lors, une intervention structurelle s’impose au-delà des rappels à la réglementation.
Les pêcheurs pris entre survie économique et obligation légale
Les professionnels de la pêche ne nient pas les exportations vers la Guinée équatoriale. Ils invoquent cependant des contraintes logistiques concrètes et pressantes. L’absence de chaîne du froid fiable les contraint à écouler rapidement leurs prises.
« Nous n’avons pas où conserver nos produits. Avec les coupures d’électricité, même dans les glacières, le poisson ne peut pas être gardé longtemps », ont-ils expliqué. Au-delà de la mauvaise volonté supposée, une réalité infrastructurelle explique en partie le phénomène. Ainsi, l’exportation rapide devient pour eux une question de survie économique immédiate.
Les coupures d’électricité récurrentes aggravent considérablement la situation. Après deux ou trois jours sans courant, les pêcheurs n’ont d’autre choix que de vendre à l’étranger. Par conséquent, toute solution durable devra impérativement intégrer la question de l’accès à l’énergie.
Une filière pêche à réorganiser en profondeur
Les autorités gabonaises ne se limitent pas aux rappels réglementaires. Une réforme structurelle de la filière est désormais envisagée à moyen terme. L’installation fixe des pêcheurs et mareyeurs de Cocobeach figure parmi les priorités annoncées.
Cet ancrage territorial permettrait un meilleur contrôle des circuits de commercialisation. En outre, il favoriserait une gestion durable de la ressource halieutique sur le long terme. Toutefois, cette organisation nécessite des investissements publics et un accompagnement concret des acteurs locaux.
La campagne de sensibilisation menée à Cocobeach constitue une première étape. Elle devra néanmoins être suivie d’actions concrètes pour produire des effets durables. En définitive, c’est l’ensemble de la chaîne de valeur de la pêche qui doit être repensée au Gabon.
Un enjeu de souveraineté alimentaire pour le Gabon
La raréfaction de la sardine révèle une vulnérabilité plus large du système alimentaire gabonais. La dépendance aux circuits informels et transfrontaliers fragilise l’approvisionnement intérieur. Pourtant, le Gabon dispose d’un potentiel maritime considérable encore largement sous-exploité.
Des politiques publiques cohérentes pourraient inverser cette tendance préoccupante. Elles devraient articuler infrastructure de conservation, encadrement réglementaire et valorisation locale des ressources. Finalement, la sardine est moins une question de pêche qu’une question de souveraineté alimentaire nationale.


























