Depuis le 16 avril 2026, Alain-Claude Bilie-By-Nze est emprisonné. Vingt-sept jours de détention pour des faits remontant à 2008. Une chronologie qui interroge.
Une indignation assumée, des principes défendus
Michel Ongoundou Loundah ne mâche pas ses mots. Dans sa chronique du 15 mai 2026, il affirme : « Mon indignation est profonde. Et c’est un euphémisme. » Pourtant, il précise aussitôt sa démarche. Ongoundou ne défend pas un ami. Il ne défend pas un camp politique. Il défend des principes fondamentaux. Son objectif est clair : préserver « une justice qui ne doit pas se transformer en bras armé du pouvoir. »
Un homme qui connaît les secrets du système
Bilie-By-Nze n’est pas un opposant ordinaire. Entre 2006 et 2023, il a été député, ministre à plusieurs reprises, puis Premier ministre. Candidat arrivé deuxième à la présidentielle de 2025, il dirige aujourd’hui un parti d’opposition structuré. Ongoundou Loundah souligne un fait dérangeant : « Pour avoir été leur chef jusqu’en août 2023, Bilie-By-Nze connaît le côté obscur et les fragilités des dirigeants actuels.« Dans l’histoire politique africaine, les anciens initiés effrayent bien davantage que les opposants classiques.
Une procédure aux temporalités suspectes
Les faits présumés remontent à 2008. Dix-huit ans sans plainte, sans convocation, sans urgence judiciaire. Puis soudainement, après que Bilie-By-Nze est devenu opposant majeur, la machine s’emballe. L’auteur est formel : « Dans toute démocratie sérieuse, le calendrier d’une procédure est presque aussi important que son contenu. » Des agents encagoulés pour arrêter un ancien Premier ministre à adresse connue. Tout cela interroge profondément.
Le lawfare : l’arme des pouvoirs fragilisés
Ongoundou Loundah nomme le phénomène : le lawfare. C’est utiliser le droit pour neutraliser un adversaire politique. On n’interdit plus l’opposition par décret. On l’épuise par la procédure, on la discrédite par des accusations opportunistes. La chronologie est éloquente : silence de 2008 à 2023, puis surgissement miraculeux d’une plainte en 2026 contre Bilie-By-Nze. « Ce n’est plus une coïncidence, mais une grossière et pittoresque chronologie politique. »
Un piège que le régime a lui-même fabriqué
Le chroniqueur identifie un paradoxe fatal pour le pouvoir. Maintenir la détention nourrit le soupçon d’acharnement politique contre l’ancien Premier ministre. Libérer l’opposant revient à reconnaître l’excès commis. « Le régime actuel semble ne pas comprendre le piège dans lequel il s’est lui-même enfermé. » Mandela fut emprisonné, il devint un mythe mondial. Julius Nyerere l’avait dit avec justesse : « On ne tue pas une idée en emprisonnant un homme. »
Un appel à résister à l’arbitraire
Ongoundou Loundah conclut par un avertissement lucide. Aujourd’hui, c’est un ancien Premier ministre. Demain, ce sera un magistrat, puis un citoyen ordinaire. Car « l’arbitraire possède une logique propre : lorsqu’il n’est pas stoppé, il finit toujours par s’étendre. » La Transition gabonaise, promise comme refondation institutionnelle, révèle plutôt sa nature autoritaire. Et « les peuples finissent toujours par se lasser de la peur. Toujours ! »
Michel Ongoundou Loundah
Ancien sénateur de la Transition · Président du parti RÉAGIR · Chronique ÇaPresse N°058


























