À l’approche de l’élection du futur président de l’Église évangélique du Gabon (EEG), un climat de crispation gagne progressivement l’institution. Ce moment qui devrait être consacré à la prière, au discernement spirituel et à la recherche de l’unité semble aujourd’hui parasité. Mais par des logiques de positionnement, des stratégies d’influence et des démarches. Puis qui s’éloignent dangereusement de la vocation première de l’église.
Selon le principe de rotation habituellement admis, la présidence devrait revenir à la région synodale du Ntem. Une perspective légitime, mais qui suscite une agitation inhabituelle. Sur les réseaux sociaux, les profils de potentiels candidats circulent sous forme de tracts et de messages de soutien. Et de campagnes informelles.. Cette effervescence numérique, loin d’être anodine, révèle une politisation progressive d’un processus qui devrait rester strictement ecclésiastique.
Ces derniers jours, plusieurs sources ont rapporté qu’une délégation composée de ressortissants de Bifolosi, Mengang, Tchimazock, Akamsi et Nkoum Edoum se serait rendue à la Cour constitutionnelle pour rencontrer son président. L’objectif : plaider en faveur d’un candidat précis.
La présence, dans cette délégation, de l’actuel président pasteur de l’EEG et du pasteur candidat soutenu par certains réseaux a renforcé les interrogations.
Pour de nombreux observateurs, cette démarche s’apparente à une tentative d’influence politico‑clanique, incompatible avec les valeurs de neutralité, d’intégrité et d’indépendance morale que l’Eglise est censée incarner.
Les mécanismes de lobbying, les pressions extérieures et les alignements stratégiques rappellent davantage les pratiques politiques que les usages ecclésiastiques.
Au-delà des ambitions personnelles, les fidèles rappellent que les priorités réelles de l’Église se trouvent ailleurs.
Dans la région synodale du Ntem, les infrastructures protestantes sont dans un état préoccupant :
Le lycée évangélique Edzang Nkoulou présente des bâtiments délabrés et des conditions d’accueil alarmantes.
L’institut sous‑régional de formation des pasteurs peine à offrir un cadre digne aux futurs serviteurs de l’Église.
L’école primaire protestante “Foyer protestant” fonctionne toujours sans clôture sécurisée, malgré des années de revendications.
Ces défis structurels, qui touchent directement la mission éducative et sociale de l’église, semblent relégués au second plan au profit de luttes d’influence et celà sur l’ensemble du territoire.
La tension a atteint un niveau inédit. Sur plusieurs forums WhatsApp liés à l’église, des pasteurs et responsables religieux s’échangent désormais propos injurieux et attaques personnelles, exposant au grand jour des fractures internes profondes.
Pour de nombreux fidèles, cette dérive est un choc moral. Elle contredit frontalement les valeurs de fraternité, de retenue et de responsabilité spirituelle que l’église est censée défendre.
Face à cette situation, un message s’impose : l’église doit se rappeler qui elle est.
Elle n’est ni un parti politique, ni un espace de compétition d’influences.
Elle est une institution spirituelle, fondée sur la prière, la vérité, la justice, l’humilité et le service.
L’Église évangélique du Gabon doit préserver son indépendance morale et protéger son unité. Ainsi, elle refuse toute instrumentalisation extérieure. Elle recentre le débat sur la vision et l’intégrité des candidats. Enfin, leur capacité à servir l’institution reste le critère essentiel.
L’histoire montre que lorsque les églises se laissent guider par des intérêts extérieurs, elles s’exposent à des crises profondes et à une perte durable de crédibilité.
Le futur président devra être un rassembleur et un bâtisseur. De plus, il sera le gardien de l’intégrité spirituelle de l’Église. Il devra porter un projet clair et ambitieux. Ce projet visera le rayonnement de l’institution.
Les fidèles connaissent les parcours, les forces et les limites des candidats. Ils n’ont pas besoin de campagnes d’influence pour discerner.
À ce tournant crucial, l’Église évangélique du Gabon doit choisir la voie de la sagesse.
Car au-delà des ambitions individuelles, c’est l’avenir même de l’institution qui se joue.


























