Billie By Nze , l’ancien Premier ministre gabonais a brisé le silence le vendredi 10 avril 2026 dans une déclaration fracassante publiée sur les réseaux sociaux. Sa cible : les récentes ordonnances gouvernementales encadrant l’usage des plateformes numériques au Gabon, adoptées selon lui « en catimini », sans concertation préalable et dans des conditions qu’il juge incompatibles avec les principes d’un État de droit.
Une ordonnance sur le NIP jugée liberticide par l’opposition gabonaise
Au cœur de la controverse figure une disposition exigeant des utilisateurs gabonais la fourniture de leur numéro d’identification personnel (NIP) pour accéder aux réseaux sociaux. Pour le président du parti Ensemble pour le Gabon et ancien candidat à la présidentielle d’avril 2025, cette mesure dépasse largement le cadre d’une régulation ordinaire. « Ce n’est plus une simple régulation, c’est une mise sous surveillance généralisée. Exiger le NIP pour accéder aux réseaux sociaux, c’est transformer chaque citoyen en individu traçable », a-t-il affirmé, estimant que cette disposition instaure une société « où parler devient un risque et où partager devient un délit potentiel ».
Une chronologie troublante : quarante jours entre signature et publication
Ce qui renforce les soupçons de l’ancien porte-parole de la présidence sous Ali Bongo Ondimba, c’est l’anomalie chronologique entourant ces textes. Les ordonnances, datées du 26 février 2026, n’ont été publiées que le 8 avril 2026, soit quarante jours plus tard, sans qu’aucun forum citoyen, pourtant annoncé par le gouvernement, n’ait été organisé. Une opacité que Billie By Nze résume en une formule cinglante : « Ce n’est plus du droit, c’est une forme de magie administrative. Et quand le droit devient flou, c’est toujours la liberté qui recule. »
Les priorités du peuple ignorées au profit d’un agenda numérique controversé
Au-delà de la seule question numérique, l’ex-chef du gouvernement de l’ère Bongo élargit son réquisitoire aux priorités qu’il juge sacrifiées par les autorités de la transition. « Les priorités du peuple sont pourtant connues : l’eau, l’électricité, l’emploi, la santé, l’éducation, la sécurité, la justice, la lutte contre la vie chère », rappelle-t-il, dénonçant un gouvernement qui « fixe ses propres priorités et déploie ailleurs son agenda ». Une charge politique frontale, qui vise directement la crédibilité et la légitimité populaire du pouvoir transitoire.
Un contexte de crispation croissante autour des libertés numériques au Gabon
La sortie de Billie By Nze s’inscrit dans un climat de tensions persistantes autour de la question des libertés numériques depuis l’avènement de la transition militaire gabonaise. La suspension des réseaux sociaux décrétée en 2023 avait déjà suscité une vive indignation nationale et internationale. Ces nouvelles ordonnances raviven ce débat fondamental : jusqu’où une autorité de transition peut-elle légitimement restreindre l’espace numérique sans mandat démocratique explicite ? Une interrogation que la communauté internationale, les organisations de défense de la liberté de la presse et les acteurs de la société civile gabonaise suivront désormais de près.


























