Le projet de budget primitif 2026 de la mairie de Libreville a essuyé un revers cinglant. Réuni à l’Hôtel de Ville, le Conseil municipal a rejeté le texte financier porté par le maire Pierre Mathieu Obame Etoughe, invoquant des irrégularités jugées majeures. Au-delà d’un simple désaccord politique, ce vote traduit une défiance profonde à l’égard des choix budgétaires de l’exécutif communal.
Trois milliards pour le cabinet : une dépense qui interroge
Au cœur de la controverse figure l’enveloppe allouée au cabinet du maire. Près de trois milliards de francs CFA auraient été inscrits à ce poste, un niveau de dépense jugé disproportionné par une majorité de conseillers municipaux.
Dans un contexte de ressources limitées, une telle concentration de moyens sur une structure administrative restreinte soulève des interrogations sur les priorités de gestion. « Une allocation difficilement justifiable au regard des équilibres globaux », confie une source proche du dossier. Pour plusieurs élus, ce choix budgétaire traduit un déséquilibre manifeste entre dépenses de fonctionnement et exigences de service public.
Zéro franc pour l’IGM : une anomalie comptable préoccupante
L’autre point d’achoppement concerne l’Inspection Générale Municipale (IGM). Le projet de budget prévoit en effet une absence totale de recettes issues de cette entité, soit un montant nul.
Une décision d’autant plus surprenante que les performances antérieures de l’IGM sont estimées entre 200 et 300 millions de francs CFA par an. Cette « neutralisation » d’une source de revenus régulière a suscité de vives inquiétudes quant à la sincérité des prévisions budgétaires.
Pour les membres du Conseil, « ramener à zéro une ligne aussi significative sans justification claire revient à fragiliser la crédibilité de l’ensemble du document financier ». Une telle pratique interroge directement la transparence et la rigueur de la gestion municipale.
Un rejet aux implications institutionnelles majeures
Le rejet d’un budget primitif constitue un acte fort dans la vie d’une collectivité. Il contraint l’exécutif à revoir intégralement sa copie et à présenter un nouveau projet dans des délais contraints.
Dans le cas de Libreville, une nouvelle session du Conseil municipal est attendue dans un délai de quinze jours. Ce calendrier serré impose à Pierre Mathieu Obame Etoughe un travail de révision approfondi, tant sur le fond que sur la forme, afin de corriger les insuffisances relevées.
Un avertissement politique à peine voilé
Au-delà des aspects techniques, ce rejet revêt une portée politique indéniable. Il intervient dans un contexte où la gouvernance municipale fait déjà l’objet de critiques récurrentes sous le règne du maire de l’UDB, Pierre Mathieu Obame Etoughe.
Pour l’édile de Libreville, ce désaveu public s’apparente à un signal d’alerte. Il témoigne de la volonté du Conseil municipal d’exercer pleinement son rôle de contrôle, mais aussi de marquer les limites de l’action de l’exécutif.
Un premier budget rejeté pour défaut de sincérité financière fragilise inévitablement l’autorité du maire. Sa capacité à restaurer la confiance des élus et à proposer une gestion plus transparente sera déterminante pour la suite de son mandat.


























