À l’occasion d’un déplacement à Paris, le président de la Haute Autorité de la Communication (HAC) du Gabon, Germain Ngoyo Moussavou, a rencontré les dirigeants de Reporters sans frontières (RSF) pour clarifier les motivations derrière une décision qui continue de susciter de vives polémiques : la suspension temporaire de plusieurs plateformes de réseaux sociaux sur le territoire gabonais.
Une réunion au sommet pour dissiper les malentendus
C’est le jeudi 26 mars 2026 que s’est tenue cette rencontre à huis clos dans la capitale française. Germain Ngoyo Moussavou a eu des échanges directs avec Thibaut Bruttin, directeur général de RSF, ainsi qu’avec Antoine Bernard, responsable du plaidoyer et du contentieux stratégique au sein de l’organisation. Au menu des discussions : les circonstances ayant conduit à cette mesure restrictive, son périmètre d’application et les perspectives envisagées pour l’avenir du cadre réglementaire numérique au Gabon.
Des arguments sécuritaires au cœur de la justification
Devant ses interlocuteurs, le président de la HAC a défendu une position claire : cette décision était, selon lui, inévitable. Il a décrit un environnement numérique devenu particulièrement toxique, avec une multiplication de fausses informations, de contenus haineux et de messages susceptibles d’exacerber les tensions sociales et de fragiliser la cohésion nationale. Pour Germain Ngoyo Moussavou, laisser prospérer de tels contenus sans intervention aurait constitué une menace directe pour la stabilité intérieure du pays.
Le responsable a également mis en avant la recrudescence du cyberharcèlement, citant des cas concrets ayant ciblé des personnalités publiques et des citoyens ordinaires. Dans ce contexte, la mesure provisoire visait à reprendre le contrôle d’un espace numérique perçu comme débordant les capacités de régulation existantes.
Un chantier juridique annoncé
Au-delà de la justification de l’acte posé, la HAC a profité de cette rencontre pour annoncer ses intentions à moyen terme. L’institution envisage l’élaboration d’un cadre légal spécifiquement adapté à la régulation des réseaux sociaux, en s’appuyant sur des standards nationaux et internationaux. L’objectif affiché est de parvenir à un équilibre entre la nécessaire protection de l’ordre public et la garantie des droits fondamentaux, au premier rang desquels figurent la liberté d’expression et la liberté de la presse.
Ngoyo Moussavou a tenu à rassurer RSF sur ce point, affirmant que l’intention du régulateur gabonais n’était nullement de museler les voix dissidentes ni de restreindre durablement l’accès à l’information.
RSF entre compréhension et vigilance
De son côté, RSF a adopté une posture nuancée. L’organisation internationale a reconnu la réalité des défis sécuritaires évoqués par la HAC, tout en insistant sur la nécessité que de telles mesures restent strictement temporaires et proportionnées. Elle a réaffirmé son engagement pour la défense de la liberté de la presse et proposé d’accompagner les autorités gabonaises dans la conception de mécanismes juridiques équilibrés.
Cette rencontre, bien que tendue sur certains points, a ouvert une piste de dialogue constructif entre le régulateur national et une organisation de référence sur les questions de liberté des médias. Elle illustre la complexité croissante de la gouvernance numérique en Afrique, à l’heure où de nombreux États tentent de concilier souveraineté informationnelle et respect des libertés publiques.











































