Invité de Brut Afrique le 10 février 2026, Alain Claude Bilie By Nze, ancien Premier ministre et ex-ministre de la Communication, s’est présenté comme une alternative au pouvoir en place au Gabon. Revenant sur la transition ouverte après le départ d’Ali Bongo, il affirme sans détour : “Ali Bongo n’est plus là mais le système est le même”. Selon lui, le changement annoncé n’a été qu’un “remplacement”, et non une rupture réelle avec les pratiques passées.
À ses yeux, le pouvoir actuel incarne “une continuité programmatique et de gestion de l’État”, portée par des figures déjà présentes sous Omar Bongo et Ali Bongo. Il insiste : l’alternance ne suffit pas, seule “l’alternative” permettrait d’ouvrir “un autre chemin” pour le Gabon. Il critique également l’absence de projet structuré : “Nous sommes aujourd’hui à presque huit mois après son élection. On en est encore à tâtonner, à bricoler sur un budget.”
Interrogé sur son propre passé au sein du régime Bongo, Alain Claude Bilie By Nze assume son parcours tout en revendiquant son autonomie. “Mon passé politique remonte avant cette présence”, rappelle-t-il, évoquant une période “dans l’opposition frontale”. Il défend son expérience gouvernementale : “Il y a du positif que je retiens et le négatif on le corrige.” Pour lui, avoir servi l’État ne signifie pas renoncer à porter une réforme profonde des institutions.
La question de la nouvelle Constitution gabonaise occupe une place centrale dans son argumentaire. Il estime qu’elle a été adoptée “dans l’émotion” et qu’elle concentre excessivement les pouvoirs. “Nous sommes au monde la seule Constitution qui remet tous les pouvoirs aux mains du seul président”, déplore-t-il, citant un chef de l’État à la fois “président de la République, chef du gouvernement, chef des armées”, capable de dissoudre le Parlement et de présider le Conseil national de la magistrature.
Il va plus loin en affirmant : “Nous sommes aujourd’hui dans une dictature écrite et elle est en œuvre dans les faits.” Pour étayer ses propos, il évoque des atteintes aux libertés publiques : “Des syndicalistes emprisonnés pour avoir seulement revendiqué l’application de la loi” et “un journaliste qu’on jette en prison”. Il rappelle qu’en tant que ministre de la Communication, il n’a “jamais engagé une procédure contre un journaliste”et qu’il a porté “la réforme du Code de la Communication qui dépénalise complètement les délits de presse”.
Concernant les menaces dont il dit faire l’objet, Alain Claude Bilie By Nze déclare explicitement : “Du chef de l’État lui-même.” À la question de savoir si ces pressions l’inquiètent, il répond : “Chacun doit mesurer son risque, je prends le mien.” Selon lui, “la menace est toujours signe d’une fragilité”, traduisant les difficultés d’exercice du pouvoir.
Face à cette situation, il propose une réforme constitutionnelle articulée autour de trois axes : rétablir un Premier ministre “responsable devant le Parlement”, instaurer “de vraies institutions de contrôle” avec un Parlement unique, et mieux intégrer la jeunesse dans l’architecture institutionnelle. Il estime que la concentration actuelle du pouvoir empêche une véritable séparation des pouvoirs et nuit à la crédibilité démocratique du Gabon.
Sur le plan social, il soutient les enseignants en grève, rappelant qu’ils demandent simplement “l’application de la loi”. Il appelle au dialogue pour sortir de la crise de l’éducation. Enfin, sur le plan économique, il souligne la dépendance du Gabon au pétrole – 40 % du budget et 60 % des exportations – et plaide pour diversifier l’économie afin de réduire l’exposition aux chocs extérieurs.
À travers cet entretien, Alain Claude Bilie By Nze entend incarner une rupture politique, institutionnelle et démocratique, qu’il juge indispensable pour l’avenir du Gabon.


























