La médecine traditionnelle gabonaise, longtemps considérée comme un patrimoine culturel et spirituel, s’apprête à franchir une étape décisive : son encadrement par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Cette évolution s’inscrit dans la nouvelle stratégie mondiale 2025‑2034 de l’OMS, qui vise à intégrer les pratiques ancestrales dans les systèmes de santé contemporains, tout en garantissant leur sécurité et leur efficacité.
Le Gabon dispose d’un réservoir exceptionnel de savoirs traditionnels, transmis de génération en génération. Une enquête menée entre 2017 et 2018 avec l’appui de l’OMS avait recensé près de 719 praticiens à travers le pays. Pourtant, ce secteur reste marqué par une dualité : d’un côté, des guérisseurs respectés pour leur expertise, de l’autre, des charlatans dont les pratiques fragilisent la crédibilité de l’ensemble.
La supervision de l’OMS pourrait apporter une légitimité scientifique et institutionnelle à la médecine traditionnelle gabonaise. Elle permettrait un contrôle accru pour protéger les patients contre les dérives, une valorisation des savoirs locaux par des études cliniques rigoureuses, et une meilleure articulation avec la médecine moderne.
Mais cette intégration soulève des interrogations. Comment préserver l’authenticité des pratiques ancestrales face à une standardisation internationale ? Comment éviter que les savoirs des communautés locales ne soient exploités sans contrepartie ? La supervision devra trouver un équilibre entre régulation, respect des traditions et protection des droits des détenteurs de ces connaissances.
Pour le Gabon, l’enjeu est double : renforcer la sécurité sanitaire et valoriser un patrimoine immatériel qui fait partie de son identité nationale. Si elle est bien encadrée, la médecine traditionnelle pourrait devenir un levier économique, notamment par la production de phytomédicaments et la recherche scientifique.
Ainsi, la supervision de l’OMS apparaît comme une chance mais aussi comme un défi : transformer un héritage ancestral en un atout moderne, sans le dénaturer. Le Gabon devra veiller à ce que cette reconnaissance internationale serve avant tout ses populations et non des intérêts extérieurs.

























