À Libreville, l’annonce est tombée comme un couperet, mais sans fracas inutile. Le 19 décembre 2025, l’Union Internationale de la Presse Francophone, section Gabon, a officialisé l’annulation des 51es Assises internationales de la Presse Francophone (CIPREF), prévues dans la capitale gabonaise. La décision émane du Bureau international de l’UPF après “plusieurs semaines d’échanges institutionnels” consacrés aux “modalités juridiques, financières et administratives” de l’événement, précise le communiqué signé par son président, Désiré Ename. Toutefois, une autre conférence internationale de la presse francophone est prévue.
Loin d’un renoncement, la section gabonaise revendique un travail “mené avec constance, loyauté et professionnalisme”. Dans un propos attribué à Désiré Ename, celui-ci insiste: “Nous avons tenu la barre malgré les vents contraires”, métaphore maritime pour décrire des négociations parfois heurtées. Les autorités gabonaises, ajoute-t-il, ont montré “une disponibilité claire” pour accueillir les Assises et prendre en charge la logistique locale, dans “le strict respect des règles de la comptabilité publique”.
C’est précisément sur le terrain du droit que l’écueil est apparu. Le gouvernement gabonais a rappelé “l’impossibilité de transférer des fonds publics à l’étranger en l’absence de base légale”. Une contrainte présentée comme “transparente et constante”, et relevant, selon l’UPF, “d’obligations légales auxquelles aucun État souverain ne peut se soustraire”. L’image du verrou juridique revient comme un leitmotiv, symbole d’une souveraineté qui ne se négocie pas.
“L’annulation n’efface pas le travail accompli”, martèle encore Désiré Ename. Pour le président de l’UPF Gabon, la capacité du pays à accueillir des rencontres internationales demeure intacte. De cette conviction naît une alternative: l’annonce, à la même période, d’une Conférence internationale de la presse francophone à Libreville. “Quand une porte se ferme, une fenêtre s’ouvre”, glisse-t-il, figure d’antithèse assumée pour transformer l’échec en rebond.
La conférence réunira journalistes, éditeurs, responsables de médias et experts venus d’Afrique et de l’ensemble de l’espace francophone. Elle ambitionne “d’offrir un cadre d’échanges professionnels et éthiques”, de “renforcer les capacités des médias africains”, de “débattre des mutations numériques, de la liberté de la presse et de la responsabilité éditoriale”, tout en “consolidant les réseaux professionnels entre le Sud et le Nord”.
Pensée comme “un espace libre, inclusif et constructif”, la rencontre se veut fidèle aux valeurs cardinales de la presse francophone: indépendance, pluralisme, rigueur et responsabilité. Dans une formule imagée, Ename évoque “un phare allumé au milieu des tempêtes informationnelles”. L’UPF Gabon réaffirme enfin son “attachement au dialogue” et au “respect des États souverains”, invitant médias et société civile à participer.
Au-delà des faits, l’épisode révèle une leçon politique et professionnelle: la presse, telle une boussole, avance entre principes et réalités. En acceptant la contrainte, l’UPF Gabon choisit la continuité plutôt que la rupture, la responsabilité plutôt que l’improvisation. “Il faut savoir dire non pour mieux construire”, prête-t-on à Ename, chiasme volontaire qui souligne une stratégie de long terme au service du débat public francophone. Cette posture, loin d’être défensive, s’affirme comme un pari lucide sur l’avenir commun des médias francophones responsables, solidaires et ouverts au monde. “L’information, le débat et la liberté ne s’annulent pas. Ils se réinventent”, conclut-il, comme une promesse adressée à la francophonie.


























