Le 20 septembre 2025, Libreville a été le théâtre d’un atelier de formation stratégique organisé par l’UNESCO dans le cadre du programme CFIT III, financé par le fonds en dépôt chinois. Animée par deux experts du cabinet Cadena, Naji Brigui, spécialiste en orientation des carrières, et Bernard Duprat, expert en développement des curricula, la rencontre a réuni seize enseignants-chercheurs de l’Université Omar Bongo (UOB) conduits par la Professeure Hermine Matari, et de l’Université des Sciences et techniques de Masuku (USTM). Ces universitaires, désormais appelés « méthodologues », auront pour mission de diffuser l’approche par les compétences (APC) et de devenir des acteurs-clés de la réforme académique nationale.
Deux volets complémentaires : curricula et employabilité
Selon Naji Brigui, l’initiative s’articule autour de deux axes majeurs : « Le volet A concerne la conception de curricula selon l’Approche par compétences, et le volet B porte sur la mise en place de centres de carrières et de hubs interconnectés ». Pour lui, ces dispositifs visent à « créer un pont entre l’université et le monde du travail », en accompagnant à la fois les étudiants, les entreprises et les demandeurs d’emploi.
Brigui souligne également que « les hubs permettent de relier plusieurs centres de carrières, et de répondre aux besoins d’étudiants, de lauréats ou encore de personnes en reconversion professionnelle ». Ce réseau d’orientation et de validation des acquis de l’expérience représente une innovation structurante pour le système éducatif gabonais.
Le rôle décisif de la volonté politique
L’expert insiste toutefois sur l’importance d’un soutien institutionnel : « La mise en place d’un centre de carrières dépend de la politique de l’établissement, tandis qu’un hub relève directement de la volonté politique du pays ».

En d’autres termes, la réussite de la réforme portée par le CFIT III repose sur l’adhésion des gouvernants et leur capacité à intégrer durablement ces outils dans la stratégie nationale.
Les enseignants méthodologues de l’UOB, « mes idoles »
Pour Bernard Duprat, la qualité du travail réalisé par les enseignants gabonais mérite d’être soulignée : « Je les appelle mes idoles, parce qu’ils vont assurer la pérennité de l’approche curriculaire qu’on appelle aussi l’approche par compétences ». Il rappelle que l’UOB s’est distinguée au niveau régional : « Parmi six établissements d’Afrique de l’Ouest et centrale, ils sont les premiers à avoir produit un document solide, intitulé Études Préliminaires. »
Duprat note également l’importance du contexte national : « Quand j’arrive au Gabon, je sens une volonté politique. C’est essentiel pour offrir aux jeunes des formations adaptées aux besoins qualitatifs et quantitatifs du marché du travail. »
Nouvelles filières et adaptation au marché du travail
La Professeure Hermine Matari, représentante du CFIT III, a mis en lumière les résultats concrets de cette formation. « Nous avons retenu la création d’une licence professionnelle en immobilier, qui débutera cette année à l’UOB. Le besoin en compétences était criant dans ce secteur », a-t-elle déclaré.
Elle insiste sur la méthodologie adoptée : « L’élaboration s’est appuyée sur l’APC et sur les Analyses de Situation de Travail (AST), en intégrant directement les professionnels du secteur immobilier. » Cette approche collaborative garantit, selon elle, que « les futurs étudiants bénéficieront d’un programme véritablement aligné sur les réalités du marché ».

À l’USTM, un projet parallèle est en cours pour développer une filière de logistique biomédicale, autre domaine stratégique pour le pays.
Une ambition nationale portée par l’UNESCO et le CFIT III
Asse Minko Miché Thierry, administrateur national du projet, a rappelé l’objectif global : « Insérer cette expertise dans nos deux universités pilotes, puis l’étendre à l’ensemble du sous-secteur de l’enseignement supérieur ». Il précise que ces enseignants « deviendront des référents en curricula, en centres d’employabilité et en hubs », contribuant ainsi à moderniser l’ensemble du système éducatif gabonais.
Ainsi, l’atelier de Libreville illustre une convergence entre expertise internationale, engagement institutionnel et volonté politique. Grâce au CFIT III, le Gabon se dote d’enseignants méthodologues capables d’ancrer durablement l’approche par les compétences, de rapprocher l’université du marché du travail et de renforcer l’employabilité des jeunes générations.

























