Le gouvernement gabonais a dévoilé lors du Conseil des ministres du 12 août dernier un projet d’ordonnance portant Code de la nationalité, destiné à remplacer la loi n°37/98 du 20 juillet 1999. Officiellement, il s’agit de moderniser le cadre juridique, de protéger la souveraineté nationale et de lutter contre les fraudes. Mais derrière ces ambitions se dessinent aussi des interrogations : ce texte pourrait-il, sous couvert de rigueur, restreindre l’accès à la citoyenneté et nourrir des tensions sociales ?
Le projet précise les conditions d’attribution, d’acquisition, de perte, de déchéance et de réintégration de la nationalité. Il promet l’égalité hommes-femmes et la prévention de l’apatridie, mais introduit également des critères renforcés d’assimilation et un contrôle plus sévère contre toute « menace à l’ordre public ». Ces dispositions, bien que légitimes sur le principe, soulèvent la question de leur application concrète : qui définira la « bonne assimilation » ou le « risque pour l’honneur national » ?
La reconnaissance encadrée du cumul de nationalités est présentée comme une ouverture maîtrisée. Toutefois, certains craignent que cette flexibilité apparente masque en réalité un filtrage sélectif, selon des considérations politiques ou économiques. Dans un contexte où la diaspora joue un rôle clé, la moindre ambiguïté pourrait créer des injustices ou des exclusions arbitraires dans le nouveau Code de la nationalité.
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Si le texte vise à protéger l’État contre les fraudes et à se conformer aux standards internationaux, il pourrait aussi renforcer un sentiment d’inégalité ou de suspicion envers certaines communautés vivant depuis longtemps au Gabon. Les défenseurs des droits humains redoutent qu’un contrôle excessif ne fragilise la cohésion nationale, là où un cadre clair mais inclusif aurait pu apaiser les tensions.
Le projet apparaît comme un signal politique fort : le Gabon entend affirmer son identité et sa souveraineté dans un monde de plus en plus mobile. Mais certains observateurs craignent que ce Code de la nationalité devienne, à terme, un outil de tri politique, permettant de récompenser ou d’exclure selon des critères moins juridiques que stratégiques.
Avant son adoption, ce nouveau Code de la nationalité devrait susciter un large débat parlementaire et citoyen. Car au-delà de la technique juridique, c’est une question de société qui se joue : qui est Gabonais, et qui ne l’est pas ? Une question qui touche à l’histoire, à l’identité et à la cohésion du pays.
Par Darlyck Ornel Angwe

























