Libreville, 1er août 2025 – Face à une situation qu’il qualifie de « préoccupante et structurellement fragile », le Syndicat national des enseignants-chercheurs et Chercheurs (SNEC national), par la voix de son secrétaire général Lucien Manokou, a tenu une conférence de presse ce vendredi. Objectif : dresser un état des lieux sans concession de l’Enseignement supérieur gabonais à l’issue de l’année académique 2024-2025. En ligne de mire : les infrastructures vétustes, la lenteur dans la révision des textes réglementaires, l’épineuse question de la dette pédagogique et les atteintes récurrentes au calendrier académique.
Premier point de friction : le déficit criant en infrastructures. Alors que la population estudiantine croît chaque année, les universités publiques peinent à suivre le rythme, manquant cruellement de salles de cours et d’amphithéâtres. Pourtant, dès novembre 2023, le Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions (CTRI) avait débloqué une enveloppe de 13 milliards de francs CFA pour pallier cette carence. Deux années plus tard, le constat est accablant : aucun nouvel amphithéâtre ni salle de classe n’a été livré.
Si certains chantiers avancent timidement à l’Université des Sciences et Techniques de Masuku (USTM), à l’Université Omar Bongo (UOB) ou encore à l’Institut Universitaire des Sciences de l’Organisation (IUSO), d’autres sont à l’arrêt total. C’est le cas de l’ENS, de l’ENSET, de l’Université des Sciences de la Santé (USS) d’Owendo, ou encore de l’IRSH. À l’Institut Supérieur de Technologie (IST), l’impasse est totale : l’établissement ne possède toujours pas de locaux propres, et aucun projet de construction ne semble envisagé.
Plus grave encore, l’IPHAMETRA, dont les bâtiments furent ravagés par un incendie lors des émeutes de 2016, demeure sans locaux, privant les chercheurs de conditions minimales de travail. Seul espoir : l’ouverture prévue en septembre prochain de l’Université des Sciences de l’Éducation (USE) du Cap Estérias. Mais là encore, le SNEC reste prudent : « Encore faudrait-il que cet établissement ouvre ses portes à la date annoncée », a martelé Lucien Manokou.
Réforme des textes : le statu quo qui pénalise la carrière des universitaires
Autre point de crispation : l’actualisation des textes régissant les établissements et le statut des enseignants-chercheurs. Bien que des projets de réforme aient été élaborés, leur adoption tarde. Conséquence directe : la régularisation des situations administratives est au point mort, bloquant promotions et évolutions de carrière. La rencontre du 9 juillet dernier avec le ministre de la Fonction publique n’a pas rassuré les agents du secteur. Selon le SNEC, le ministre aurait conditionné la publication des régularisations à l’événement des « 100 jours » du président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema. Une posture jugée dérisoire par les syndicalistes : « À l’heure où l’on parle de libération, les salaires des universitaires restent en captivité. » Néanmoins, le syndicat salue l’attribution de nouveaux postes budgétaires en faveur des personnels de l’Enseignement supérieur, une décision saluée comme un signal encourageant.
Dette pédagogique : promesses non tenues et incertitudes budgétaires
L’accumulation de la dette pédagogique reste une source d’inquiétude majeure. Alors que les autorités universitaires avaient évalué cette dette à 2 milliards de FCFA , le président de la Transition s’était engagé à en avancer la moitié. Plus d’un an après cette annonce, le milliard promis n’a jamais été versé. Pire : pour l’année académique 2024-2025, aucun paiement n’a été effectué, le budget de l’exercice 2025 n’ayant toujours pas été rendu disponible. Face à cette incertitude, le spectre d’une nouvelle accumulation de la dette plane sur l’année académique à venir, alors même que des milliers de nouveaux étudiants doivent faire leur entrée à l’université.
Formation de l’élite nationale : une priorité reléguée ?
Le SNEC national s’indigne par ailleurs du désengagement budgétaire de l’État vis-à-vis de la formation locale, notamment à l’heure où les bourses d’études à l’international (États-Unis, Canada, France) sont elles aussi réduites. Un paradoxe dénoncé avec vigueur : « On nous parle d’avenir et de développement, mais on assèche les canaux de formation de notre jeunesse. » Dans cet esprit, le syndicat propose une réaffectation des fonds économisés par la restriction des bourses vers les universités et grandes écoles locales, afin d’en accroître l’attractivité, la compétitivité et la visibilité. Une manière concrète, selon eux, de donner corps à l’adage de Jean Bodin : « Il n’y a de richesse que d’hommes. »
Interférences politiques et volumes horaires sacrifiés
Enfin, le SNEC national pointe du doigt les interférences politiques dans le calendrier académique, qui entraînent des ruptures dans les volumes horaires et compromettent la qualité de l’enseignement. Pour le syndicat, il est inacceptable que la formation de la jeunesse gabonaise soit subordonnée à des contingences politiques. Fort de ce qui précède, et pour éviter des tensions, le SNEC national réclame le paiement immédiat des vacations dues ; la dotation effective de la subvention d’État aux établissements et surtout la construction accélérée d’infrastructures pédagogiques pérennes.


















![Gabon – [Enseignement supérieur] Infrastructures défaillantes, textes obsolètes, dette académique : le SNEC national tire la sonnette d’alarme](https://i0.wp.com/gabonmailinfos.com/wp-content/uploads/2025/08/gabonmailinfos-snec-Gabon.jpg?resize=533%2C375&ssl=1)







