Lors d’une déclaration récente, Ludovic Megne Ndong, ministre gabonais du Logement, de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre, a affirmé : « La liste des personnes indemnisées me sera transmise mardi par le cabinet d’huissier en charge des versements et nous vous la transmettrons en toute transparence. » À première vue, cette phrase pourrait être perçue comme un engagement institutionnel en faveur de la rigueur et de la transparence administrative. Mais à y regarder de plus près, cette déclaration soulève plusieurs interrogations sur le fond, la forme et la stratégie politique adoptée.
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D’abord, le contenu de la phrase révèle une posture d’attente plutôt que d’autorité. Le ministre annonce qu’il recevra la liste d’indemnisation à venir, ce qui le place en position passive dans une procédure dont il devrait pourtant être l’un des principaux garants. Dans un système fonctionnel, un membre du gouvernement ne devrait pas simplement « attendre » une liste de l’indemnisation de la part d’un cabinet privé, mais plutôt superviser activement l’élaboration de cette liste selon des critères définis par la puissance publique. Cette distanciation entre l’autorité politique et le processus décisionnel entretient une ambiguïté problématique sur les responsabilités réelles.
Ce glissement du rôle de décideur à celui de simple relais administratif devient encore plus manifeste avec la mention du cabinet d’huissier « en charge des versements ». En nommant une structure extérieure comme pivot opérationnel, le ministre cherche visiblement à faire reposer la légitimité de la démarche sur un tiers censé être neutre. Mais ce choix de délégation, s’il n’est pas accompagné de garanties sur les critères de sélection des bénéficiaires, l’origine des fonds, ou les mécanismes de contrôle, peut vite apparaître comme une stratégie de désengagement. La transparence revendiquée n’est ici qu’une déclaration d’intention, sans preuve concrète.
C’est précisément sur ce terme de « transparence » que le bât blesse. En contexte gabonais, marqué par des antécédents de gestion contestée des indemnisations – souvent entachées de lenteurs, de favoritisme ou de clientélisme – le simple fait d’énoncer ce mot ne suffit plus à rassurer. L’usage du terme en fin de phrase agit comme un écran symbolique, destiné à neutraliser les critiques anticipées. Il constitue une formule rhétorique plus qu’un engagement structuré. Or, dans un domaine aussi sensible que l’indemnisation de populations déguerpies ou expropriées, la confiance ne se construit pas sur des promesses vagues mais sur des mécanismes rigoureux, consultables et traçables.
Ce manque de clarté a été d’autant plus visible lors de l’apparition du ministre au journal télévisé de 20h la semaine précédente. De nombreux observateurs ont noté qu’il ne semblait pas maîtriser les détails du dossier, renforçant l’idée d’un responsable politique mal préparé ou mal briefé sur les tenants et aboutissants d’un processus à forte charge émotionnelle et sociale. Dans un pays où la parole politique est scrutée avec méfiance, cette prestation est apparue comme un raté communicationnel, sinon une illustration d’un malaise plus profond dans la gestion de la chose publique.
Ce type de déclaration, formulée sans échéancier clair, sans critère d’éligibilité exposé, ni voie de recours connue, peut rapidement être perçue comme une manœuvre dilatoire ou une tentative de désamorçage des tensions. Il en résulte un paradoxe : plus l’on proclame la transparence sans en incarner les pratiques, plus on creuse la défiance citoyenne. En prétendant « attendre » une liste de l’indemnisation plutôt que de la construire avec les partenaires sociaux, les autorités donnent l’impression de ne pas vouloir assumer les effets de leur politique.
Dans un contexte où les injustices sociales, les déguerpissements précipités et les promesses non tenues ont laissé des plaies ouvertes dans de nombreuses familles gabonaises, chaque mot prononcé sur ce type de dossier est lourd de conséquences. Il engage non seulement la parole du ministre, mais celle de l’État dans son ensemble. À ce titre, l’absence d’un discours structuré, pédagogique et ferme ne peut que renforcer le fossé entre gouvernants et gouvernés.
Ainsi, derrière cette phrase banale en apparence, se cache un déséquilibre profond entre la forme politique du discours et les attentes sociales qu’il prétend satisfaire. C’est toute la difficulté de gouverner par la communication sans gouverner par l’action.
Par Darlyck Ornel Angwe, journaliste stagiaire


























