Sous les lambris feutrés de l’Hôtel Le Nomade, la Commission supérieure des jeux du hasard s’est réunie ce mardi 21 mai à Akanda pour sa deuxième session plénière, présidée par le Ministre de l’Intérieur, Hermann Immongault. À l’aube de la Cinquième République, cette assise s’inscrit dans la volonté inébranlable de l’État de reprendre les rênes d’un secteur livré depuis trop longtemps à lui-même.
Dans son allocution d’ouverture, le Ministre a dressé le portrait sans fard d’un domaine encore en proie aux dérives : absence criante de contrôle des flux financiers, recettes occultes, redistribution anarchique, prolifération de cryptomonnaies pourtant proscrites par la BEAC, et une opacité structurelle nourrie par la clandestinité de nombreux opérateurs. Ce secteur, comparé à une économie de l’ombre, fonctionne hors radar, échappant aux mécanismes de traçabilité publique et privant l’État de ressources vitales.
Un État régulateur qui se redresse
Face à ce désordre économique, le Gouvernement entend faire valoir sa prérogative régalienne : celle d’un État qui, tel un chef d’orchestre, harmonise les intérêts particuliers au profit du bien commun. « Nous devons cesser d’être le maillon faible », a martelé le Ministre, usant d’une métaphore lourde de sens pour illustrer l’abdication passée des pouvoirs publics. Pour lui, il ne s’agit plus de simples ajustements techniques, mais d’un acte politique majeur, incarnant l’essence même de la Cinquième République : la restauration de l’autorité de l’État.
Une régulation outillée : l’agrégateur national
Portée par une volonté collective, la Commission a validé la mise en place d’un agrégateur technologique national, véritable sentinelle numérique au service de la transparence. Ce dispositif permettra d’exercer un contrôle en temps réel sur les flux financiers, d’assurer la traçabilité des transactions, de protéger les recettes fiscales, et d’ériger des remparts contre les dérives éthiques, les addictions et les conflits d’intérêts.

La société retenue, ETECH, de droit gabonais et à majorité de capital humain local, évolue dans le cadre d’un partenariat public-privé structurant. À l’issue du contrat, elle sera entièrement rétrocédée à l’État, consacrant ainsi la souveraineté technologique du Gabon sur une chaîne de valeur jusqu’alors morcelée.
Un ultimatum aux contours fermes
Dans un esprit de justice et de transparence, un ultime sursis de 72 heures a été accordé aux opérateurs afin qu’ils se présentent au Ministère de l’Intérieur pour régulariser leur situation. À défaut de diligence, le couperet tombera : mises en demeure, sanctions administratives, voire poursuites judiciaires. Le Gouvernement entend briser la spirale de l’anarchie et asseoir les fondations d’un secteur enfin ordonné.
Des garanties sociales, des perspectives économiques
Réaffirmant que cette réforme ne vise nullement à fragiliser les travailleurs, le Ministre a souligné que « nul emploi ne sera supprimé ». Bien au contraire, la structuration du secteur ouvrira les vannes de l’employabilité, avec à la clef plus de 10 000 emplois directs et indirects. Car aujourd’hui, nul ne saurait dire avec certitude combien de Gabonais œuvrent dans cet écosystème tant les chiffres font défaut. La régulation apportera donc lumière et ordre, au bénéfice de tous.
À titre comparatif, le Ministre a évoqué l’exemple ivoirien, où les jeux du hasard génèrent annuellement plus de 1 200 milliards de FCFA. Au Gabon, à l’inverse, l’État demeure dans le brouillard statistique, les opérateurs opérant selon des logiques volontaristes, et parfois ne s’acquittant que de 8 % de redevances à l’importation, quand ils daignent s’en acquitter. « Cela doit cesser », a-t-il insisté.
Une rupture avec l’ère de l’impunité
En conclusion, cette session marque un tournant stratégique, une rupture assumée avec l’ère du laxisme. Le Ministre s’est engagé à poursuivre cette réforme avec rigueur et constance, pour faire de ce secteur un pilier de la gouvernance économique nationale, où les intérêts de l’État et des citoyens convergent enfin.


























