Ce lundi de Pâques, la nouvelle est tombée telle une pierre dans le jardin du monde catholique : le pape François s’est éteint. Sous peu, les 135 cardinaux électeurs seront appelés à se réunir, l’Esprit saint guidant leur choix du futur pontife. Parmi les noms murmurés avec ferveur figure celui de Son Éminence Robert Sarah. À la veille de ses quatre-vingts ans, qu’il atteindra le 15 juin, il pourra participer, de justesse, au conclave. Réputé en Afrique, vénéré par les catholiques conservateurs français, le cardinal Sarah incarne une force tranquille et un pilier de droiture, comme l’illustrent les propos élogieux de Gabrielle Cluzel et le témoignage fervent de Jean-Michel Lavoizard, qui l’a récemment entendu en Côte d’Ivoire.
À l’occasion du jubilé d’or de l’Association des Anciens du Petit Séminaire de Bingerville, les terres ivoiriennes ont accueilli, lors de la semaine du 24 février, des conférences au souffle puissant. Dans cet écrin d’Abidjan, Robert Sarah, ancien séminariste des lieux en 1957, s’est dressé tel un cèdre du Liban. Il voit en l’Afrique, condition sine qua non, le poumon spirituel de l’humanité.
Créé cardinal par Benoît XVI, dont il prolonge fidèlement la pensée doctrinale, Robert Sarah fut préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements entre 2014 et 2021. Retraité, mais inlassablement engagé, il déploie, à travers ses essais lumineux et ses interventions courageuses, une parole droite qui ne plie pas devant les vents capricieux de la modernité.
Sa foi, trempée comme l’acier dans la fidélité à la Révélation, au Magistère et à la Tradition, s’est fortifiée face aux dérives doctrinales ayant dénaturé l’esprit du Concile Vatican II. Nourri à l’école du cardinal Ratzinger, devenu Benoît XVI, Sarah incarne une orthodoxie sereine et inébranlable.
Charismatique et radical, dans le sens noble du terme – c’est-à-dire remontant à la racine des choses –, il s’exprime avec une simplicité majestueuse, une clarté qui fend les ténèbres et une accessibilité désarmante. En toutes circonstances, il campe en sentinelle de l’intégrité catholique, fuyant les idoles de l’époque contemporaine.
Lors de ses interventions ivoiriennes, il aborda des thèmes brûlants : le dialogue interreligieux comme ferment de paix, l’action diplomatique du Saint-Siège au service du Bien commun, la mission évangélisatrice de l’Afrique, ce continent que Jean-Paul II et Benoît XVI désignaient comme un nouvel épicentre spirituel pour l’humanité égarée.
Mais c’est sur le silence liturgique que le cardinal Sarah porta l’estocade la plus éclatante. Dans une conférence magistrale, il dénonça, avec la rigueur du juste, la dérive africaine vers une exubérance liturgique excessive : musiques omniprésentes, chants tonitruants, danses échevelées, bavardages creux. Cette agitation, miroir déformé de pratiques étrangères à la tradition catholique et absentes même du culte musulman, obstrue, selon lui, l’accès au véritable recueillement, à la contemplation indispensable à l’élévation de l’âme.
Le silence, dit-il, est la respiration même de l’esprit ; il est le berceau d’un dialogue intime avec Dieu. L’inculturation, prône-t-il, ne saurait sombrer dans un folklore bruyant. Elle doit préserver ce que l’Afrique a de plus sacré : la cellule familiale, socle de toute civilisation durable.
Ainsi, Robert Sarah appelle avec vigueur à un renouveau liturgique exigeant, à une inculturation où Dieu, tel un sculpteur divin, pénètre les cultures locales pour en épurer les scories et en magnifier les essences. Par cet appel, il se montre paradoxalement plus révolutionnaire que bien des voix progressistes, puisque, fidèle à l’enseignement pérenne de l’Église, il affirme que le progrès véritable consiste à grandir sans renier son être profond.
Son prochain ouvrage sur l’âme promet déjà, tel l’aube après une longue nuit, d’illuminer à nouveau le chemin des hommes de bonne volonté.

























