Le lundi 24 mars, le président de la Transition et candidat à l’élection présidentielle du 12 avril, Brice Clotaire Oligui Nguema, a accordé une interview exclusive aux chaînes publiques Gabon 1ère et Gabon 24. Cette intervention met un terme aux critiques de ses adversaires, qui l’accusaient d’éviter les confrontations médiatiques, sous prétexte qu’il ne saurait défendre son bilan.
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Interrogé sur le coup d’État du 30 août 2023, le chef de l’État a tenu à rappeler les circonstances de cette nuit décisive. “Sans effusion de sang, et je rends grâce à Dieu qui nous a accompagnés durant toute cette nuit. Au péril de nos vies, nous avons mis en place un chronogramme de la transition et nous l’avons respecté jusqu’à aujourd’hui. Nous avons lancé le dialogue national, fait le référendum, adopté un code électoral.”
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S’agissant de l’anticipation de la présidentielle, initialement fixée à août 2025, il a affirmé que “Nous avons annoncé cette échéance dans le chronogramme de la transition, mais cela ne signifie pas qu’on ne peut pas organiser l’élection plus tôt, une fois les organes nécessaires mis en place. Nous avons fait un dialogue national, voté la Constitution, établi un code électoral. Il ne reste qu’à retourner à l’ordre constitutionnel.”
Quant à son engagement initial à ne pas briguer la présidence, il a précisé : “Je me souviens de mon discours du 4 septembre 2023. J’avais dit que nous organiserons des élections libres et transparentes pour rendre le pouvoir au civil. Mais cette phrase est différente de dire ‘je ne serai pas candidat’. Au jour où le peuple a besoin de moi, je réponds à son appel, en respectant les statuts militaires.”
Un bilan revendiqué, des réformes engagées
Après 19 mois de gouvernance, Brice Clotaire Oligui Nguema a mis en exergue, lors de cette interview exclusive, les avancées majeures sous sa présidence : “Nous avons restauré les bourses scolaires, payé les rappels des fonctionnaires et retraités, ouvert 26 500 postes budgétaires, acquis Assala pour accroître notre production pétrolière à 70 000 barils par jour, créé Fly Gabon, la Banque du Commerce, et construit 1 950 km de routes en 19 mois.”
Concernant la problématique des coupures d’électricité, il reconnaît un héritage difficile : “Nous avons hérité d’un passif lourd. La SEEG était obsolète. Nous avons acquis des groupes électrogènes, mais nous manquons de 300 mégawatts. Nous avons signé avec une société turque pour fournir 70 mégawatts supplémentaires et prévoyons de développer les barrages hydroélectriques et l’énergie solaire. En sept ans, nous pouvons résoudre ce problème.”
Répondant aux accusations d’utilisation des “fonds Vautour” pour financer les projets d’infrastructure, il dénonce des attaques infondées : “En politique, tous les coups sont permis, mais on ne doit pas insulter son pays. Nous finançons ces chantiers avec des emprunts bancaires et des fonds publics transparents.”
Relations internationales et gestion de la dette
Sur les relations avec la France et les soupçons de collusion avec l’Élysée lors du coup d’État, il se montre catégorique : “Quand nous avons fait le coup de la libération ce soir, on n’a pas demandé l’accord de la France ni l’accord du BIMA.” Avant d’ajouter : “Nos rapports sont au meilleur niveau. Nous avons établi un dialogue d’État à État, sans ingérence individuelle.”
Quant à la notation financière du Gabon et au remboursement de la dette, il explique : “À ce jour, je peux vous répondre que je ne dois pas le FMI. Je paie la BAD, la Banque mondiale, la Banque islamique de développement. Nous ne devons pas d’échéance à l’heure actuelle. Est-ce parce que je paie avec un jour ou une semaine de retard que ma notation doit baisser ? Quand nos dividendes sont payés en retard, nos impôts sont payés en retard, vous voulez que je paie la dette à temps avec quoi ? Voilà pourquoi il y a souvent des retards de paiements. Aujourd’hui, nous avons reprofilé notre dette à hauteur de 1 450 milliards. La dette intérieure. Et nous l’avons titrée à 6,99% d’intérêt. J’attends maintenant que ces agences de notation, qui sont les meilleures au monde, puissent rehausser notre note.”
Un adversaire politique balayé du revers de la main
À la question des critiques formulées par son principal opposant, Alain-Claude Bilie-By-Nze, qui l’accuse d’être en pré-campagne et d’utiliser les finances publiques à des fins électoralistes, le président répond avec fermeté : “Je vous ai dit qu’il n’est pas mon challenger. Je n’ai pas d’adversaire. Il dit ce qu’il veut et moi je fais ce que je peux pour les Gabonais. De quel argent public ? On n’est même pas encore en campagne que les gens se plaignent. Il apporte la preuve. C’est devenu trop facile dans ce pays d’accuser les uns, d’accuser les autres. Un homme politique doit avoir aussi la retenue.”
Enfin, à l’approche du scrutin du 12 avril, il réaffirme sa détermination et recentre le débat sur les véritables enjeux : “Je n’ai pas d’adversaire. Mon seul adversaire, c’est le chômage des jeunes, l’eau, l’électricité, la vie chère. Le peuple distinguera ceux qui ont un bilan et ceux qui n’en ont pas.”
En guise de conclusion de cette première interview exclusive sur les chaînes nationales, Brice Clotaire Oligui Nguema exhorte les Gabonais à prendre part massivement au vote : “Nous avons réalisé le coup de la libération pour vous rendre votre dignité. Le moment est venu. Allez voter.”

























