Le président Oligui Nguema s’est-il entouré d’un gouvernement dont la mission première semble être le silence ? Un cabinet Raymond Ndong Sima en trois actes, dont l’éloquence s’est évaporée au point qu’Ossimane se retrouve en première ligne pour défendre un bilan qui n’est pas le sien ? L’usurpation du verbe par nécessité traduit-elle une défaillance ou une stratégie mal assumée ?
Une réalité s’impose : Alain Claude Billie-By-Nze, avec la verve d’un tribun aguerri, cible le chef de l’État, le CTRI et ses anciens camarades du PDG, désormais ralliés sans réserve à la gouvernance actuelle. Face à cette opposition déclarée, l’exécutif devrait, par souci de cohérence, produire une réplique ferme et incarnée. Or, c’est le vide qui répond, un silence béant que seul Ossimane tente de combler, tel un acteur montant sur scène sans y être convié.
Une association politique, même riche de cadres aguerris, ne saurait se substituer à un gouvernement dont la mission est de rendre compte. Car, qu’on ne s’y trompe pas, gouverner ne se limite pas à agir dans l’ombre en espérant que les résultats parleront d’eux-mêmes. « Nous travaillons, et à la fin nous ferons le bilan » est un credo suicidaire face à un peuple qui, du haut de son quotidien éprouvé, ne voit que des chantiers à l’arrêt, un réseau routier délabré et une dette publique pesant comme une épée de Damoclès sur les aspirations nationales.
À cela s’ajoute un fardeau plus immédiat encore : une économie étouffée par des coupures d’eau et d’électricité, orchestrées par un monopole devenu maître du quotidien inconfortable des ménages et des entreprises. Face à ces réalités, le gouvernement peut-il se permettre le luxe du mutisme ?
Il faut reconnaître qu’Ossimane, en soutien loyal du chef de l’État, fait preuve de courage. Mais l’audace d’un individu ( association) ne saurait pallier l’absence d’une structure entière. Les membres du gouvernement, qu’ils soient technocrates ou politiques, sont comptables de leurs actions. Le Premier ministre répond devant le président, qui lui-même doit rendre des comptes au peuple. Dès lors, voir Ossimane s’ériger en défenseur officieux pose une question troublante : l’exécutif est-il si désarmé qu’il faille lui prêter une voix extérieure ?
Séraphin Akure-Davain, en sa qualité de porte-parole du gouvernement, devrait être le premier à s’opposer aux critiques d’Alain Claude Billie-By-Nze, qu’il connaît d’ailleurs fort bien. À défaut, le porte-parole de la présidence devrait assumer cette tâche. Si ces figures institutionnelles se taisent, alors c’est leur désignation même qui est sujette à caution : ont-ils été choisis pour leurs compétences ou assistons-nous à un casting erroné ?
Pendant ce temps, Alain Claude Billie-By-Nze poursuit son offensive. Chaque mot qu’il prononce semble faire trembler le pouvoir, qui observe sans oser riposter. Son éloquence est indéniable, mais son passé auprès du régime déchu d’Ali Bongo Ondimba demeure un stigmate indélébile aux yeux de nombreux Gabonais.
Ainsi, une question persiste : Billie-By-Nze délivre-t-il le bon message, bien qu’il en soit un messager imparfait ?
Quoi qu’il en soit, une certitude s’impose : tandis qu’Alain Claude Billie-By-Nze joue pleinement son rôle, Ossimane usurpe le sien. L’heure est venue pour l’exécutif de sortir de l’ombre et d’assumer, enfin, sa propre défense.
Par Roland OLOUBA OYABI, Directeur de Publication de Gabon Mail infos, diplômé de l’École supérieure de Journalisme de Lille et de l’Université de Lille puis diplômé en Management des organisations de l’Université de Johannesburg


























