Brice Laccruche Alihanga, ancien directeur de cabinet du président renversé le 30 août 2024 par un putsch militaire, Ali Bongo Ondimba, semble incarner le martyr d’une justice gabonaise à la dérive. Jugé le 24 mai pour détournement de fonds publics, blanchiment de capitaux et concussion, il a écopé de 12 ans de prison et de 5 milliards de FCFA de dommages-intérêts. Malgré cette lourde condamnation, l’ombre de l’injustice plane, nourrissant l’idée d’un acharnement judiciaire contre lui car Ali Bongo Ondimba semble avoir été épargné.
Lors de sa tournée Républicaine, le président de la Transition, le Général Brice Clotaire Oligui Nguema, a dénoncé à Oyem l’instrumentalisation de la justice contre Brice Laccruche Alihanga et d’autres figures arrêtées lors de l’opération « Scorpion ». Les incohérences du procès du 24 mai, notamment le refus de la Cour de faire comparaître des personnes clés comme Ali Bongo Ondimba, renforcent ce sentiment d’injustice flagrante.
Ali Bongo : pas concerné ?
Brice Laccruche Alihanga doit de nouveau se présenter devant la justice les 30 mai et 21 juin pour des accusations similaires à celles du 24 mai. Cette répétition d’accusations suggère qu’il porte seul le fardeau de sept années de malversations économiques du régime d’Ali Bongo. Le procès du 24 mai, qui lui a valu une condamnation de 12 ans de prison dont 3 ans ferme, révèle une justice apparemment peu soucieuse de vérité venant de tous les présumés complices.
L’ordonnance de renvoi et les débats ont souvent mentionné des noms liés au dossier Comilog et à la gestion du compte privé d’Ali Bongo, utilisé pour résoudre des problèmes administratifs et récompenser des hauts fonctionnaires. Les débats n’ont pas clairement établi les sources de financement de ce compte ni prouvé que Brice Laccruche Alihanga, en tant que délégataire, avait agi indépendamment des directives d’Ali Bongo. La Cour a néanmoins nié le caractère privé de ce compte et l’origine privée des fonds, sans convoquer Ali Bongo pour témoigner, malgré la demande insistante de Me. Anges Kevin Nzigou, avocat de Brice Laccruche Alihanga.
Une Justice aveugle et partiale
Franck Yann Koubdje, alors Directeur général du budget et des finances publiques, n’a pas été convoqué malgré son rôle dans les transactions sur ce compte. En écartant ces acteurs clés, la justice gabonaise a manqué une occasion cruciale de crédibiliser ses actions aux yeux du peuple, au nom duquel elle prétend rendre ses décisions, renforçant ainsi l’impression d’une justice partiale et protectrice de certaines personnalités.
L’absurdité du verdict réside dans la décision de la Cour de suivre les réquisitions du ministère public quant aux circonstances atténuantes, admettant ainsi un doute sur l’indépendance de l’accusé vis-à-vis des directives d’Ali Bongo. Ignorant le principe pénal selon lequel le doute doit profiter à l’accusé, la Cour a infligé à Brice Laccruche Alihanga une peine de 12 ans de réclusion criminelle, dont 3 ans ferme, assortie d’une amende de 100 millions de FCFA et de 5 milliards de FCFA de dommages-intérêts.
Cette incohérence dévoile une justice en quête de boucs émissaires, désireuse de redorer son blason mais se discréditant davantage. Pour les Gabonais, restaurer la justice passerait par l’extension des poursuites à d’autres figures publiques, puisque la manipulation des fonds publics était monnaie courante au sein de l’administration, comme l’a déclaré l’ancien ministre des Mines, Tony Ondo Mba, co-accusé lors du procès du 24 mai. En définitive, cette saga laisse l’impression d’une classe dirigeante plus préoccupée par des règlements de comptes que par la justice véritable au nom du peuple gabonais.
Plusieurs gabonais pourtant veulent voir l’ancien président comparaître devant les tribunaux comme sous d’autres grandes démocraties à l’instar de Donald Trump aux États-Unis et Jacob Zuma en Afrique du Sud, tous deux anciens présidents de la République comme Ali Bongo Ondimba.

























