Le positionnement stratégique du président de la transition peut sembler ambigu tant il est complexe à cerner pour le commun des gabonais. Dans une atmosphère politique nouvelle, sans majorité ni opposition on se demande comment va-t-il parvenir à manœuvrer alors que tous les gabonais ou presque étaient déjà politiquement colorés.
Sa capacité à être à l’aise avec tout le monde au palais présidentiel tend à surprendre. Le Général Brice Oligui s’affiche avec les barons de l’ancien régime qu’il semble rassurer tout en tenant un discours qui pourrait les effrayer. Un contraste qui mérite d’être élucidé.
Le président de la transition a prêté serment devant un parterre d’hommes politiques et de hauts cadres de l’administration. Selon nos informations, tous étaient les bienvenus car ayant reçu une carte d’invitation. C’était une belle cérémonie et d’aucuns ont apprécié cette image des enfants d’un même pays enfin unis dans la concorde et la fraternité; les bons et les moins bons. Au moment des félicitations, on a constaté des accolades et des tapes amicales qui laissent penser que le Président de la tradition est disposé à rebâtir l’édifice Gabon avec tous ses enfants; les bons et les moins bons. Autant de symboles puissants envoyés aux lieutenants d’Ali Bongo comme pour ne pas s’inquiéter de leur avenir.
Ce qui attire notre attention, c’est l’annonce faite hier par laquelle, le président de la transition demande à tous les détenteurs de l’autorité publique de restituer les fonds détournés sous 48 heures. À qui s’adresse-t-il donc? À Andjoua Bongo de la DGBFIP, à Yann Koubgé de la DGCPT, à 3M qu’il reçoit et avec qui il pose fièrement à la présidence de la République ? Qui doit restituer l’argent volé, les personnes précitées ou celles nommées par celles-ci ?
Cette démarche d’un président qui veut rassurer l’opinion nationale et internationale en posant des actes d’apaisement, ce cliché d’un leader qui veut rebâtir l’unité nationale en prêtant serment devant les gabonais de tous bords et de toutes les couches de la société est elle- compatible avec une chasse aux sorcières?
En effet, un bon nombre de compatriotes souhaite que les fonds détournés soient restitués et que les auteurs de ces rafles des finances publiques prennent leurs appartements pour une durée indéterminée au sein de la prison centrale. Mais le président de la transition est-il capable de mettre aux arrêts les barons de l’ancien régime à la suite des marques d’attention et d’apaisement qu’il leur a envoyées précédemment ? Oligui parviendra-t-il à être à la fois loyal envers ceux qui l’ont fait et révolutionnaire à la fois? Ne s’agit-il pas là d’un périlleux jeu d’équilibriste ?
Comment parviendra t-il à convaincre les gabonais que la récréation est finie en posant fièrement avec ceux-là même qui ont contribué à maintenir Ali Bongo au pouvoir? Comment parvenir à réconcilier les bons et les moins bons sans passer par la case vérité et réconciliation?
Le Général aura le choix. Soit il se montre intransigeant ce qui nous semble être un vœu pieux, soit il amnistie tout le monde en pourchassant les Accrombessi… Liban, Sylvia… autres Oceni ainsi les gabonais verront que la traque est orientée vers les perfides trompeurs venus d’ailleurs et cela nous semble plus réalisable. Mais si le général se veut intraitable, il devra mettre aux arrêts des noms qu’on ne peut citer ici ainsi que certains qu’il vient lui-même de sortir de prison. Ce qui serait une mesure d’une impopularité inquiétante.
On le saura bientôt…
Par Roland OLOUBA OYABI, Journaliste.

























