Le 39ᵉ sommet de l’Union africaine (UA) a résonné comme une tribune de vérité sur les dérives politiques qui fragilisent le continent. À Addis-Abeba, capitale diplomatique de l’Afrique, deux lectures opposées des transitions post-coups d’État se sont fait face, révélant les lignes de fracture d’un continent en quête de stabilité durable.
D’un côté, le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a défendu la trajectoire de la Transition engagée au Gabon, mettant en avant le respect du calendrier de retour à l’ordre constitutionnel après le coup d’État du 30 août 2023. De l’autre, le président angolais João Lourenço, président sortant de l’UA, a brandi une mise en garde sévère contre ce qu’il qualifie de « blanchiment » des coups d’État par le biais d’élections.
Une mise en garde solennelle depuis Addis-Abeba
« Nous assistons à l’émergence d’un nouveau phénomène qui ne saurait être légitimé », a lancé João Lourenço lors des travaux tenus de la 39ᵉ sommet de l’UA à Addis-Abeba, en Éthiopie. D’une voix ferme, il a dénoncé une pratique qu’il juge dangereuse : celle consistant, pour des auteurs de coups d’État, à organiser des élections afin de conférer une façade démocratique à une prise de pouvoir inconstitutionnelle.
Selon lui, les urnes ne sauraient laver un péché originel. Transformer l’exception en règle reviendrait, a-t-il insisté, à ouvrir une brèche béante dans les fondements mêmes de la paix, de la sécurité et des principes démocratiques africains. Une déclaration accueillie par de longs applaudissements, comme un écho partagé à une inquiétude continentale.
Le Gabon en filigrane, l’Afrique en toile de fond
Sans nommer explicitement de pays, le propos du président angolais semblait viser, en filigrane, certaines transitions en cours, dont celle du Gabon. Après le putsch d’août 2023, Libreville avait été frappée de sanctions, notamment par la Communauté économique des États de l’Afrique centrale, tandis que l’UA suspendait le pays de ses instances.
L’Angola, alors, s’était montré intraitable, opposant son veto à tout assouplissement prématuré des sanctions, au nom d’une application rigoureuse des textes et d’une tolérance zéro face aux coups d’État. Une ligne de fermeté que João Lourenço a rappelée avant de passer le flambeau de la présidence de l’UA au Burundais Évariste Ndayishimiye.
Un phénomène continental préoccupant
Au-delà du Gabon, le président angolais a pointé un mal plus large. Des pays comme la Guinée, dirigée par Mamadi Doumbouya, illustrent cette tendance où des dirigeants issus de coups d’État se font adouber par les urnes, consolidant ainsi leur pouvoir.
Pour João Lourenço, ce mécanisme constitue une dangereuse normalisation de l’illégitimité. Un vernis électoral ne saurait, selon lui, absoudre une prise de pouvoir anticonstitutionnelle. L’Afrique, a-t-il martelé, ne peut se permettre de confondre stabilité apparente et légitimité réelle.


























