Après plusieurs de nos publications sur le séjour de Jean Ping, en France, des réactions diverses sont parvenues à notre rédaction. Depuis le 13 juin 2023, à l’orée de la publication du calendrier électoral, les faits et gestes de Jean Ping, lui qui a volontairement refusé de prendre part à l’élection présidentielle, rythment l’actualité politique gabonaise. Depuis son arrivée sur le territoire français, à chacune de ses sorties médiatiques, nos lecteurs nous font des feedbacks. Certaines expriment leur découragement, quand d’autres y voient une lueur d’espoir. D’aucuns s’offusquent et qualifient le séjour parisien de Jean Ping de distraction et d’abandon du combat. Gabon Mail Infos s’est prêté à l’exercice de savoir pourquoi serait-il le maître des horloges politiques au Gabon?
En effet, au regard des rencontres médiatisées que Jean Ping a déjà eues, à l’Assemblée nationale, au Sénat, au Quai d’Orsay, aucun analyste politique sérieux ne peut plus dire que le voyage de l’homme d’Omboué est un simple déplacement médical. Au-delà de la santé physique, morale, psychique, Jean Ping est en train de se refaire une santé politique et diplomatique qui pourrait le conduire au palais du bord de mer. Aujourd’hui, la dynamique des revendications, en appelant à la transition, est lancée. Des voix se lèvent et réclament inlassablement le report des élections ou l’arrêt du processus électoral, pour mettre en place une transition. Que va-t-il se passer ? Nul ne peut le dire. Mais, les mécanismes habituels qui conduisent aux changements politiques en Afrique peuvent nous autoriser à croire et à dire que Jean Ping semble être parti pour être le maître des horloges politiques de l’avenir du Gabon.
Une simple revisitation de quelques faits historiques permet de mieux édifier l’opinion. A ce sujet, le roi Salomon a dit, dans le livre biblique de l’Ecclésiaste, au chapitre premier, au verset 9, que « ce qui a été, c’est ce qui sera, et ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. »
Actuellement, au Gabon, sur le terrain, l’élection présidentielle de 2023 occasionne beaucoup de tensions. Tout porte à croire que, plus que jadis, l’issue de ladite élection pourrait laisser place à des lendemains tumultueux et apocalyptiques. L’apaisement recherché, lors de la concertation de février dernier, risque de ne pas être au rendez-vous. Pendant ce temps, l’Opposant en chef se trouve hors du pays. Il a décidé de se placer au-dessus de la mêlée, comme s’il était divinement averti que le pays aura besoin de lui, pour remettre de l’ordre après les inévitables empoignades qui s’annoncent.
On note déjà des tensions au nombre desquels on peut citer les difficultés liées au »bulletin unique », aux appels persistants à la Transition politique et l’entêtement persistant du Candidat Ali Bongo, obligé par son entourage, à conserver le pouvoir, à tout prix.

Dans ce climat sulfureux, il nous semble que le séjour de Jean Ping, en France, a pour objectif de le mettre à l’abri des soubresauts qui pourraient émailler la tenue des élections générales au Gabon. On peut donc dire qu’il a été quasiment exfiltré du pays, avant cette présidentielle de tous risques, pour mieux préparer son retour triomphal au pays.
Pour mémoire, plusieurs leaders politiques africains sont devenus des chefs de leurs États respectifs, après de longues tractations dans les arcanes politiques, diplomatiques et parfois dans d’autres sphères stratégiques. C’est ainsi que, après une longue traversée du désert, Nelson Mandela, Denis Sassou Nguesso, Laurent Désiré Kabila, François Bozizé, Alassane Dramane Ouattara, Alpha Condé et beaucoup d’autres sont arrivés au pouvoir.
Ces quelques cas, établissant une jurisprudence de la prise du pouvoir, en Afrique, par des opposants à un régime établi, sont très édifiants. Ils indiquent tous la fin du régime en place et l’avènement d’un nouveau système de gouvernance dans lequel l’opposant adoubé aura un rôle prépondérant. Le cas de Jean Ping ne déroge probablement pas à cette règle.
En effet, la sérénité de Jean Ping et de ses proches interpelle. Des questions restent sans réponses. Pourquoi c’est seulement à la veille de l’élection présidentielle que des pressions internationales ont contraint les autorités gabonaises à restituer les passeports de Jean-Pierre Lemboumba Lepandou et de Jean Ping, alors que les tenants du pouvoir avaient refusé de leur délivrer ces documents de voyage ? Qui a autorisé la sortie de Jean Ping du territoire gabonais et pourquoi, alors que durant 6 ans il avait toujours été bloqué par les forces de police, à l’aéroport ? Pourquoi Jean Ping, qui serait parti en France pour des soins de santé, est désormais reçu par plusieurs autorités françaises ? La France et la communauté internationale seraient-elles en train de lâcher le système du régime de Libreville ?
D’après nos investigations, les autorités françaises auraient été très claires avec Ali Bongo : le France et la communauté internationale ne soutiennent pas les présidents qui s’accrochent au pouvoir contre la volonté de leurs populations. Paris estimerait qu’une transition pacifique serait préférable, pour éviter que le Gabon ne bascule dans une crise postélectorale, plus grave que les précédentes. Cette position française est une mesure conservatoire de prudence, pour éviter le pire à l’un des îlots de paix qui demeure stable dans ses anciennes colonies. En aucun cas, Paris ne veut que le Gabon, ce partenaire privilégié, en Afrique, ne tombe dans l’instabilité, comme c’est le cas au Burkina Faso, en Guinée, au Mali, en République Centrafricaine et au Niger.
Dans ce cadre, tracé par ceux qui font la politique dans les salons feutrés internationaux, Jean Ping, qui se présente toujours comme le vrai vainqueur de l’élection présidentielle de 2016, ne cesse de pousser ses pions, auprès des autorités françaises, pour saisir la balle au bond. Qui sait si, avec l’aide de la providence, sa légitimité peut le conduire à devenir le président de la transition tant voulue ?
C’est en cela que nous disons que Jean Ping serait le véritable maître des horloges qui régule le temps du jeu politique gabonais. Gabon Mail Infos invite donc ses lecteurs à suivre, de très près, cette affaire, pour voir si la suite des événements nous donnera raison ou pas.
Par Roland Olouba Oyabi, journaliste, Directeur de Publication de Gabon Mail Infos, Diplômé de l’Université de Jouhannesbourg










































