La Compagnie nationale de navigation intérieure et internationale (CNNII) envisage une judiciarisation du conflit social né de la grève observée le 26 décembre 2025 dans sa branche de Port-Gentil. Au centre de cette tempête, le syndicaliste Moïse Madola Bokamba, que la direction générale accuse de « trouble à l’ordre public », de « grève illégale » et d’« usurpation de qualité ». Dans un courrier daté du 31 décembre 2025, la CNNII affirme que l’intéressé aurait refusé d’entrer dans un processus de négociation formel pour les cinq agents de la CNNII, préférant maintenir la pression par l’arrêt de travail.
Pour étayer sa position, la direction rappelle que le préavis adressé le 22 décembre 2025 mentionnait un « projet de grève illimitée », sans respect des délais légaux. Elle soutient également que les motifs avancés par les grévistes avaient été précisés, mais que l’un d’eux avait déjà fait l’objet d’une procédure de conciliation antérieure, ce qui affaiblirait, selon elle, la légitimité du mouvement. À ses yeux, le non-respect du délai de préavis constitue une entorse manifeste aux règles encadrant le droit de grève.
La CNNII s’appuie notamment sur la Loi n°022/2021 du 19 novembre 2021 portant Code du travail. L’article 383 dispose que « le déclenchement de la grève doit être précédé d’un préavis déposé par le syndicat le plus représentatif du groupe des travailleurs en conflit » ou, à défaut, par des représentants mandatés. Le texte précise encore que « le préavis doit préciser les motifs du recours à la grève » et parvenir « dix (10) jours francs » avant le déclenchement du mouvement à la direction concernée et à l’inspection du travail.
Au-delà de la question procédurale, la direction générale soulève un débat plus sensible sur la représentativité syndicale. Elle s’interroge publiquement sur la cohérence de l’action de Moïse Madola Bokamba, qui s’exprime tantôt comme représentant provincial de la Confédération gabonaise du travail CGT-FL, tantôt sous la bannière du syndicat gabonais des marins « SYGAMA ». Une dualité qui, selon la CNNII, entretient la confusion et fragilise la lisibilité du dialogue social.
L’entreprise questionne également le lien juridique réel entre la CGT-FL dirigée par Moïse Madola Bokamba et seulement cinq agents sur les soixante-cinq employés que compte la structure de Port-Gentil. Où sont, s’interroge-t-elle, les autres fédérations affiliées à la confédération qu’il revendique ? La direction rappelle à ce titre que la nomenclature des organisations professionnelles des travailleurs repose sur une hiérarchie claire : délégués du personnel, délégués syndicaux, fédérations, puis confédérations.
À l’approche de l’arrivée annoncée d’une délégation de Libreville à Port-Gentil, le bras de fer s’annonce décisif. Si la CNNII campe sur une lecture strictement juridique du conflit, Moïse Madola Bokamba devra, pour sa part, présenter des arguments solides pour défendre la légalité et la représentativité du mouvement. L’issue de cette confrontation pourrait transformer un différend social en précédent judiciaire, scruté de près par les acteurs du monde du travail.


























