Philippe César Boutimba Dietha, pasteur formé à l’Eglise Alliance chrétienne et missionnaire du Gabon (EACMG) a suivi avec beaucoup d’intérêt le processus électoral du nouveau bureau national de cette communauté pendant le synode du 30 juillet au 2 août 2021. Ainsi, dans une tribune libre, il a voulu partager son avis sur cette élection. Lecture!
- Les institutions doivent être plus fortes que leurs dirigeants
Le Seigneur Jésus-Christ a travaillé trois ans et demi, ensuite Il est parti. Malgré cela, Son Église continue jusqu’à aujourd’hui. Parce que Lui-même l’a rendu plus forte que vous et moi. De même votre église doit être beaucoup plus forte que ses dirigeants, sinon elle ne leur subsistera pas.
Quand j’étais enfant, les chefs d’établissements scolaires devenaient subitement riches. Les écoles n’avaient pas de clôture, les salles de classe n’étaient jamais repeintes, les aires de jeu tombaient en ruine et les toilettes étaient impraticables. À l’internat les enfants mangeaient comme des animaux d’élevage, et les infirmeries ne distribuaient que la nivaquine. Pendant ce temps les proviseurs achetaient des voitures 4×4, multipliaient les épouses et construisaient de très jolies maisons au village. Ces gens-là étaient populaires dans l’arrière-pays. Plusieurs devinrent députés à l’assemblée nationale. Quarante ans plus tard, nous n’avons plus aucun internat dans notre système éducatif.
Un jour un ministre va voir Omar Bongo et lui dit: « Monsieur le président, les syndicats de mon ministère sont dirigés par des gens que je maîtrise. Je peux les soudoyer, mais le ministre des finances préfère satisfaire leurs revendications. Monsieur le président, vous devez faire quelque chose ». Le ministre des finances fut muté.
Un syndicat doit être plus fort que son président. Un parti politique doit être plus puissant que ses fondateurs. Un État doit s’imposer sur son chef d’État.
- Ne vous éternisez pas au pouvoir
Mon grand-père maternel, Jérémie Bakoukou, a dirigé l’Église de l’Alliance Chrétienne pendant 22 ans. En 1997, les nouvelles générations étaient fatiguées de lui. Elles lui imposèrent une alternance qu’il accepta malgré lui. La nuit même de la grève générale, il fut remplacé sans aucune bagarre. Au lieu de perdre le respect de la congrégation, son humilité augmenta sa crédibilité. Sous ses propres yeux, le lycée de Libreville porta son nom. Il mourut en octobre 2013 après 56 ou 57 ans de pastorat.
En République Fédérale du Nigeria, un dirigeant de fédération d’églises n’effectue jamais plus de deux mandats successifs. Que ce soit au niveau local ou à l’échelle nationale, tout le monde doit permuter. Les choses se passent ainsi dans la plupart des pays anglo-saxons. En francophonie c’est différent. Nos fédérations reproduisent les coutumes politiques de nos nations. Le syndicaliste qui dénonce les 50 ans de bongoïsme est lui-même un bongoïste. Le membre du clergé qui appelle au changement est incapable de renoncer à son propre pouvoir. Nous sommes des hypocrites.
Libreville, le 4 août 2021
Philippe César Boutimba Dietha


























