À Lebamba, le manioc en sachet n’a décidément pas dit son dernier mot. À la veille de l’inauguration du nouveau marché municipal, ce produit pourtant interdit refait surface. Il revient comme pour rappeler que les arrêtés deviennent de simples textes décoratifs. Cela arrive lorsqu’aucune présence réelle sur le terrain ne les suit. Ainsi, la règle existe sur le papier et le commerce continue comme avant.
La résurgence de cette pratique met clairement en lumière un problème récurrent. Il s’agit de l’écart entre les décisions administratives et leur application effective. Ce fossé offre aux plus téméraires l’occasion d’outrepasser les règles sans grande inquiétude. De plus, le moment choisi n’a rien d’anodin. Lebamba s’apprête à ouvrir très bientôt son nouveau marché municipal. Par conséquent, chaque entorse à l’arrêté prend une valeur symbolique.
Une interdiction née d’une mobilisation citoyenne
Pourtant, l’interdiction du manioc en sachet n’était pas un caprice municipal. Elle répondait à une mobilisation citoyenne. Nos confrères de Radio Malebe et plusieurs plateformes locales l’ont largement relayée. Cette mobilisation dénonçait un produit de mauvaise qualité, parfois impropre à la consommation. Il nuisait aussi au prestige du manioc de Lebamba, réputé pour son authenticité. Les habitants refusaient de voir leur produit perdre sa réputation.
Pendant quelques semaines, l’arrêté avait bel et bien produit ses effets. Les commerçants s’étaient conformés, les contrôles semblaient efficaces, et la population saluait une décision courageuse. Mais la vigilance s’est émoussée. Faute d’effectifs suffisants, les postes de contrôle ont progressivement relâché la pression sur les commerçants. Les contrevenants ont très vite repris confiance. Dès lors, le succès initial a laissé place à un relâchement visible.
Des agents trop peu nombreux, un circuit parallèle
Les agents, trop peu nombreux pour couvrir l’ensemble du périmètre urbain, ne peuvent surveiller chaque entrée. Ils ne peuvent surveiller chaque pont ni chaque axe secondaire de la ville. Les routes de la commune offrent beaucoup trop de passages libres. Et comme souvent, là où l’État se fait discret, l’ingéniosité des contrevenants prend le relais. Ainsi, les failles du dispositif sont devenues des portes ouvertes.
Des commerçantes, appuyées par des routiers, ont identifié les failles. Elles déchargent à Ndendé, acheminent la nuit, transportent par motos en petites quantités. Chaque étape évite soigneusement tous les postes de contrôle. Ensuite, elles transvasent discrètement près du pont de la Ngounié. Un véritable circuit parallèle s’est organisé, méthodique, presque professionnel. Par ailleurs, ce contournement prouve que la fraude s’adapte plus vite que le contrôle.
Renforcer le contrôle avant l’ouverture du marché
Ce contournement révèle une vérité dérangeante. Un arrêté sans contrôle permanent n’a pas de force. Et un contrôle sans effectifs suffisants n’a pas d’avenir. La municipalité doit donc revoir sa stratégie. Elle doit renforcer les contrôles, associer la gendarmerie et saisir systématiquement les produits non conformes. La gendarmerie apporterait des bras supplémentaires aux agents débordés. Les saisies enverraient un signal clair et ferme aux contrevenants.
Elle doit aussi définir des normes claires et installer une antenne de l’Agasa pour tester les produits. Elle doit assurer une présence continue sur le terrain. La santé publique ne peut dépendre de demi-mesures. La sensibilisation reste indispensable, mais elle ne suffit pas. Des tests rapides écarteraient les produits douteux avant même la vente. Les consommateurs retrouveraient pleinement confiance dans le manioc authentique de Lebamba.
La crédibilité du terroir est en jeu
L’affichage des amendes, la communication sur les sanctions et la fermeté face aux récidivistes doivent devenir des outils quotidiens. En effet, la peur de la sanction freine plus sûrement que les belles paroles. Ces mesures coûtent peu face aux risques sanitaires. Les commerçants respectueux de la règle y gagneraient aussi. Enfin, elles redonnent de la force à l’arrêté et de la crédibilité à la mairie.
Lebamba ne peut laisser ternir son label au moment où son nouveau marché s’apprête à ouvrir. La crédibilité du terroir, la sécurité alimentaire et l’autorité municipale sont en jeu. Dès lors, chaque semaine compte. La mairie dispose du temps nécessaire pour agir. Surtout, le manioc mérite un cadre à la hauteur de sa réputation. Ainsi, le nouveau marché pourrait devenir la vitrine d’un manioc authentique.









































