Il y a des enquêtes qui agissent comme des miroirs brutalement tendus devant un visage qu’on croyait connaître. Le Baromètre RSE 2025, réalisé par Anova Consulting auprès de 1 279 Gabonais dans quatre villes du pays, Libreville, Port-Gentil, Franceville et Moanda, est de celles-là. Ses chiffres ne racontent pas ce que les entreprises font réellement. Ils révèlent quelque chose de plus profond et de plus troublant : ce que les citoyens en pensent, ce qu’ils en rêvent, ce dont ils sont fiers. Et les résultats, souvent inattendus, posent des questions que personne ne peut plus ignorer.
Premier constat qui saute aux yeux comme une évidence longtemps refoulée : quand on demande aux Gabonais de citer spontanément de grandes entreprises, la SEEG arrive en tête avec 57,95 %, talonnée par SOBRAGA à 57,35 %, puis COMILOG à 50,94 % et TotalEnergies à 44,82 %. La BGFIBANK, première banque gabonaise citée, plafonne à 23,79 %. Les institutions financières, pourtant piliers discrets de l’économie nationale, restent des fantômes dans la conscience collective.
Mais c’est sur les grandes questions, développement, emploi, éducation, santé, culture, que COMILOG réalise une performance qui force le respect. Le géant minier de Moanda, filiale du groupe français Eramet, arrive systématiquement dans le trio de tête, souvent en première position. Pour la création d’emplois, SOBRAGA et COMILOG totalisent ensemble plus de 41 % des réponses. Chez les moins de 35 ans, ce chiffre grimpe à près de 50 % : un jeune Gabonais sur deux pense spontanément à ces deux entreprises étrangères quand on prononce le mot emploi. Une donnée qui devrait faire réfléchir tous ceux qui parlent de souveraineté économique depuis les tribunes officielles.
Le résultat le plus vertigineux concerne pourtant la fierté nationale. Interrogés sur l’entreprise qui représente le mieux le Gabon, les citoyens placent SOBRAGA en tête avec 26,75 % des réponses, suivie de COMILOG avec 16,78 %. Deux groupes à capitaux étrangers concentrent à eux seuls plus de 43 % des citations de fierté nationale. Chez les moins de 35 ans, SOBRAGA monte même à 32 %. Le FGIS, seule institution gabonaise proche du podium, ne s’impose que chez les plus de 35 ans. Ce paradoxe apparent n’est pas une erreur de perception. Il dit une vérité simple : ce qui crée la fierté, ce n’est pas l’origine du capital. C’est la présence sur le terrain, les emplois visibles, les actions incarnées dans la vie quotidienne.
À la question « Dans quelle entreprise aimeriez-vous travailler ? », COMILOG arrive encore en tête avec 21,13 % des réponses. Les jeunes la voient comme une porte ouverte sur des carrières solides et des horizons internationaux, là où leurs aînés préfèrent la stabilité d’une banque gabonaise.
Pourtant, une ombre épaisse traverse tout ce tableau : 59,53 % des Gabonais estiment que les grandes entreprises ne communiquent pas assez sur leurs actions sociales et environnementales. Faire le bien en silence, c’est comme planter un arbre dans le noir. Personne ne le voit pousser. Et si même COMILOG, grande gagnante de ce baromètre, souffre de ce déficit de visibilité, on peut imaginer l’hémorragie que ce silence coûte aux autres. Le Baromètre RSE 2025 a posé les bonnes questions. Il revient désormais aux entreprises d’avoir le courage d’y répondre publiquement.









































