L’élection historique de la première femme à la tête d’un parti politique gabonais, l’Union nationale (UN) Paulette Missambo, le 13 novembre dernier continue de susciter des réactions. Cette fois, le citoyen Philippe César Boutimba Dietha rend hommage à Zacharie Myboto à travers une lettre ouverte car selon lui, il a réussi à passer le témoin. Cette succession est un modèle de démocratie qui devrait faire école dans notre pays. Lecture !
Monsieur le Président,
À l’occasion du congrès qui vient de renouveler la gouvernance politique de l’Union Nationale, je vous prie d’accepter mes plus vives félicitations pour la qualité du débat démocratique que votre formation politique a engagé depuis sa création. Je vous supplie de transmettre à Madame Paulette Missambo mes congratulations pour son élection, et à Monsieur Paul Marie Gondjout, mes applaudissements pour le score hallucinant qu’il a réalisé pendant le vote. Il n’aurait perdu que de 10 voix.
Je prends la peine de vous congratuler parce que l’événement est historique dans notre pays. Les nzèbi disent que le vieillard compte les dents qui poussent dans la bouche de l’enfant, l’enfant compte les dents qui tombent de la bouche du vieillard. Depuis que le neveu de votre père m’a donné la vie, et que votre petit-frère Lebongo m’a élevé avec toute sa famille, je n’avais jamais vu le bureau exécutif d’un parti politique se soumettre au référendum de ses propres militants. Bien au contraire, les désignations se font par cooptation ou par acclamation. Votre parti est donc un devancier en la matière, à la fois chez nous et dans la plupart des pays africains francophones. Et c’est tant mieux.

Monsieur le Président,
Les gouvernances politiques auxquelles vous avez appartenu, associées à celles que vous aviez remplacées, semblent avoir été les plus reprochables de toute l’histoire de l’humanité. En effet, personne sur la terre des vivants ne semble avoir jamais raté le développement de son propre pays avec autant de moyens, pour une population capable de tenir dans la paume d’une seule main. Reconnaissons que la moitié des régnants que vous contredisez aujourd’hui sont vos prosélytes d’autrefois. Les nzèbi disent: « l’enfant de l’arachide est une arachide, l’enfant du tsèki est un tsèki, l’enfant du piment est un piment ». Le Seigneur Jésus-Christ que vous et moi invoquons chaque jour a dit la même chose: « Ou dites que l’arbre est bon et que son fruit est bon, ou dites que l’arbre est mauvais et que son fruit est mauvais; car on connaît l’arbre par le fruit. » (Matthieu 12.33).
Toutefois Monsieur le Président, votre formation politique vient de tracer un sillon que les autres seront obligés d’emprunter. Les nzèbi disent: « le bon vin de palme ne dure jamais dans la calebasse ». Oui Monsieur le Président, notre pays que vous aviez évangélisé autrefois avec le Petit Livre Vert, ne sait toujours pas voter ses dirigeants. Aucun chef de quartier, de village, de regroupement ou de canton, n’a jamais été élu par les populations. En ville nos associations se déchirent au moment du renouvellement des bureaux exécutifs. Votre siècle politique nous a donc transmis le gêne du pluralisme d’opinions, sans lui associer la vitamine électorale. Comme le dit un proverbe nzèbi, le venin du serpent commence depuis l’enfance. Je prie que notre commun Seigneur et Sauveur Jésus-Christ multiplie vos forces, pour continuer à éduquer nos élites et nos populations sur ces différentes questions.
Monsieur le Président, recevez l’expression de ma très profonde considération et de ma grande affection.
Libreville, le 15 novembre 2021
Philippe César Boutimba Dietha


























