22/09/2026- Au Gabon, l’état des gares ferroviaires pose une question moins évidente qu’elle n’y paraît. Qui est juridiquement et financièrement responsable de leur entretien et de leur rénovation ? Certes, la SETRAG exploite quotidiennement le Transgabonais. Pourtant, les documents du Programme de Modernisation et de Sécurisation (PMS) établissent une distinction. Ils séparent ainsi les infrastructures de l’État et les équipements ferroviaires placés sous la responsabilité du concessionnaire.
Cette distinction permet de mieux comprendre la situation particulière des gares d’Owendo et de Franceville. Pourtant, le PMS prévoit explicitement leur rénovation. Dès lors, le premier point à établir concerne le statut juridique du Transgabonais. L’Agence française de développement (AFD) apporte ici une réponse claire. Selon elle, la République gabonaise est bien propriétaire du Transgabonais. Elle en confie d’ailleurs l’exploitation à la SETRAG depuis 2005.
Le partenariat conclu avec l’AFD s’inscrit précisément dans cette configuration. D’un côté, il y a un État propriétaire des infrastructures. De l’autre, un concessionnaire assure l’exploitation du réseau. Cette précision est essentielle. En effet, être concessionnaire et opérateur du chemin de fer ne signifie pas pour autant tout assumer. Ainsi, la SETRAG n’assume pas automatiquement la totalité des dépenses relatives à l’ensemble des infrastructures ferroviaires.
Proparco et la SFI rappellent la répartition des responsabilités
Proparco et la Société financière internationale (SFI) rappellent désormais explicitement la répartition des responsabilités. Elles le font précisément dans leur communication du 21 juillet 2026. Celle-ci porte sur le financement de la nouvelle phase du programme de modernisation. Selon ces deux institutions, l’État gabonais est responsable de l’entretien des infrastructures relevant du domaine public. En revanche, la SETRAG est responsable des équipements de superstructure ferroviaire.
Il s’agit notamment des rails, des traverses, du ballast et des systèmes de signalisation. Toutefois, la même source apporte une précision. En qualité de maître d’ouvrage délégué, la SETRAG peut réaliser des travaux d’entretien et de renouvellement. Elle agit alors pour le compte et au nom de l’autorité concédante, c’est-à-dire l’État. Il faut donc éviter une lecture trop simpliste. La SETRAG peut exécuter certains travaux.
Les gares d’Owendo et de Franceville sont bien inscrites dans le PMS
Sur ce point, les documents officiels de la SETRAG sont particulièrement clairs. Le 31 janvier 2025, elle a publié un communiqué de presse. Il portait sur le lancement du Programme de Modernisation et de Sécurisation de la voie ferrée. Elle y présente les principaux travaux prévus du PMS. Elle y mentionne explicitement « l’acquisition de nouvelles rames voyageurs et la rénovation des gares d’Owendo et Franceville ».
Cette information est donc particulièrement importante. En effet, elle permet de répondre à une première interrogation essentielle. La rénovation des deux principales gares ne constitue pas une demande étrangère au programme de modernisation du Transgabonais. Au contraire, elle figure noir sur blanc parmi les opérations officiellement annoncées par la SETRAG elle-même. Le concessionnaire a donc lui-même annoncé la rénovation des gares d’Owendo et de Franceville.
Des gares à moderniser, mais qui paie ?
L’AFD confirme cette orientation dans sa présentation du PMS. Selon l’agence, le programme vise notamment à améliorer la fiabilité et la sécurité du transport des passagers. Il le fera « en modernisant les gares et en développant les services voyageurs ». Il existe donc bien un engagement programmatique en faveur de la modernisation des gares. Mais qui paie ? C’est ici que la question devient bien plus précise.
Le PMS repose sur plusieurs sources de financement. Il distingue les investissements relevant de la puissance publique de ceux relevant du concessionnaire. Pour la partie publique, un prêt souverain de 173 millions d’euros, accordé à l’État, finance le PMS. Une subvention de 30 millions d’euros de l’Union européenne complète ce prêt. L’AFD précise d’ailleurs que ce financement doit soutenir les infrastructures publiques concédées du Transgabonais.
Une part publique et une part du concessionnaire
Proparco expose encore plus clairement cette répartition dans son communiqué du 21 juillet 2026. En effet, Proparco et la SFI accordent un financement de 312 millions d’euros directement à la SETRAG. Ce financement intervient ainsi en complément des financements publics. L’AFD et l’Union européenne accordent pour leur part ces derniers à l’État gabonais. Ils lui permettent de réaliser sa propre part des travaux du PMS.
Autrement dit, le PMS n’est pas un financement uniforme. La SETRAG ne supporterait pas directement toutes ses dépenses. Il existe une part publique, financée notamment par l’AFD et l’Union européenne à travers l’État gabonais. Il existe aussi une part liée aux investissements propres du concessionnaire. Proparco et la SFI la financent notamment, de leur côté. Deux sources distinctes coexistent donc au sein du même programme.
La rénovation d’une gare n’est pas assimilable au renouvellement d’un rail
Cette distinction permet de mieux comprendre la position attribuée à la SETRAG. En effet, selon elle, la rénovation des gares ne relève pas directement de son ressort. Le renouvellement d’un rail, d’une traverse ou encore du ballast relève directement de la superstructure ferroviaire. Il en va de même pour un système de signalisation. Dans le cadre de la concession, la SETRAG en est donc responsable.
Il faut, en revanche, appréhender les gares dans le cadre plus large des infrastructures publiques. Elles relèvent aussi des investissements prévus par le PMS lui-même. D’ailleurs, les documents de Proparco et de la SFI sont sans ambiguïté sur le principe général. Selon eux, l’État est responsable des infrastructures relevant du domaine public. Quant à elle, la SETRAG assume la responsabilité des équipements de superstructure ferroviaire.
Responsabilité, financement, exécution : trois rôles distincts
Il serait toutefois excessif d’en déduire que la SETRAG n’a aucun rôle dans les travaux concernant les gares. Son statut de concessionnaire lui confère clairement un rôle opérationnel. Dans certains cas, celui de maître d’ouvrage délégué le renforce. Elle participe ainsi à la réalisation de travaux décidés dans le cadre du programme. La SETRAG n’est donc pas absente du dossier des gares. Loin de là.
La vraie distinction est donc celle-ci. Responsabilité de l’actif, financement du projet et exécution des travaux ne désignent pas nécessairement le même acteur. Exécuter ne veut pas dire financer. De même, financer ne veut pas dire posséder. Ainsi, la SETRAG n’est pas forcément le financeur ou le responsable juridique final de ses propres travaux. Chaque acteur occupe donc une place précise dans le même programme.
Pourquoi les travaux tardent-ils ?
Les éléments disponibles permettent également de nuancer une idée pourtant répandue. Selon cette idée, l’absence de rénovation immédiate serait nécessairement imputable à une absence d’engagement. Or, on a conçu le PMS dès le départ sur plusieurs années. Les parties concernées ont signé la convention de financement de sa partie publique le 24 novembre 2025. Le programme représente au total 203 millions d’euros de financements publics.
Ce montant comprend d’abord 173 millions d’euros de prêt souverain de l’AFD. Il inclut aussi 30 millions d’euros de don de l’Union européenne. Selon les éléments communiqués dans le cadre du dossier, certains travaux ont pris du retard. C’est notamment le cas des travaux concernant la gare d’Owendo. Les conditions préalables au décaissement exigées par les bailleurs de fonds ont en effet retardé leur démarrage.
Une responsabilité partagée, mais pas indistincte
Cette précision change la lecture du dossier. Il ne s’agit pas d’un projet inexistant ou dépourvu de financement identifié. Il s’agit plutôt d’un programme dont la mise en œuvre dépend de conditions précises. Leur satisfaction doit permettre la mobilisation effective des fonds. À la lumière des documents officiels disponibles, une conclusion s’impose. La rénovation des gares d’Owendo et de Franceville figure bien dans le PMS.
Cependant, on ne peut pas imputer automatiquement la responsabilité de leur financement à la SETRAG. La SETRAG est avant tout concessionnaire et opérateur du réseau ferroviaire. Elle assume notamment la responsabilité de la superstructure ferroviaire. De plus, elle peut intervenir comme maître d’ouvrage délégué pour certains travaux précis. L’État gabonais, propriétaire du Transgabonais, porte pour sa part la responsabilité des infrastructures relevant du domaine public.
La transparence devient indispensable pour l’usager
L’État bénéficie aussi des financements souverains destinés à sa propre part du PMS. La question n’est donc pas de savoir « si la SETRAG doit rénover les gares ». Il faut plutôt savoir quelle partie des travaux relève de l’État ou du concessionnaire. Qui finance réellement chaque opération ? Enfin, dans quel calendrier les fonds seront-ils effectivement mobilisés ? C’est précisément sur ce terrain que la transparence devient indispensable.
Car pour l’usager, la gare est le premier visage du service ferroviaire. Derrière cette réalité visible se trouvent pourtant un contrat de concession et des responsabilités différenciées. S’y ajoutent plusieurs bailleurs et des procédures de décaissement. Le véritable enjeu est désormais de rendre cette répartition lisible pour le public. Il faut aussi préciser le calendrier des travaux, notamment pour Owendo, porte d’entrée majeure du réseau.












































