Créé en 1968, le Conseil Africain et Malgache pour l’Enseignement Supérieur (CAMES) siège à Ouagadougou. Cette organisation intergouvernementale harmonise les systèmes d’enseignement supérieur et de recherche de ses États membres. Son rôle n’est pas de gérer les universités nationales. Il consiste plutôt à établir des standards communs. Ces standards couvrent l’évaluation scientifique, la promotion des enseignants-chercheurs et la reconnaissance des grades. À ce jour, le CAMES regroupe dix-neuf États membres, principalement francophones, auxquels s’ajoute la Guinée-Bissau. Les pays anglophones et ceux du Maghreb n’en font pas partie. Ils appliquent leurs propres systèmes universitaires. Cette précision est essentielle. En effet, le CAMES ne remplace pas les législations nationales. Il intervient plutôt comme une instance régionale d’évaluation académique, reconnue par les États membres.
Une confusion fréquente consiste à croire que l’obtention du doctorat confère automatiquement le statut de professeur. Or, il n’en est rien. En réalité, le doctorat constitue le diplôme qui ouvre l’accès à la carrière universitaire. Il atteste de la capacité d’un chercheur à produire des connaissances scientifiques originales. Cependant, il ne correspond pas à un grade universitaire. Autrement dit, on peut être docteur sans être professeur. Ainsi, le doctorat reste une qualification académique. Le professorat, lui, constitue un grade. Ce grade s’obtient au terme d’une carrière soumise à une évaluation continue.
Les grades du CAMES : une progression fondée sur le mérite scientifique
Pour les enseignants-chercheurs, le CAMES reconnaît trois grades principaux : Maître-Assistant (MA), Maître de Conférences (MC) et Professeur Titulaire (PT). Par ailleurs, cette progression ne relève ni de l’ancienneté automatique ni d’une décision discrétionnaire de l’administration. En effet, chaque promotion dépend d’une évaluation exigeante. Cette évaluation porte sur plusieurs critères. Elle prend en compte la qualité des publications scientifiques, les activités de recherche et l’enseignement. Elle considère également l’encadrement des étudiants et la contribution au développement de la discipline. De plus, des Comités Techniques Spécialisés (CTS) examinent les dossiers. Ces comités rassemblent des experts de la même spécialité. Ainsi, ce mécanisme d’évaluation par les pairs constitue l’un des fondements de la crédibilité scientifique du CAMES.
Le titre de « Professeur » : une question de grade avant d’être une question d’usage
C’est sans doute le point le plus méconnu. Dans la nomenclature du CAMES, un seul grade confère pleinement ce titre. Il s’agit du grade de Professeur Titulaire (PT). Il attribue sans ambiguïté le titre académique de « Professeur ». En conséquence, l’abréviation « Pr » placée devant le nom correspond, en principe, au grade de Professeur Titulaire. Pourtant, dans plusieurs pays africains, un usage s’est progressivement installé. Certains Maîtres de Conférences (MC) utilisent également le titre de « Professeur ». Il convient toutefois d’être précis. En effet, cet usage relève davantage d’une pratique protocolaire ou culturelle que d’une règle académique uniforme du CAMES. Il ne modifie pas la distinction officielle entre le grade de Maître de Conférences et celui de Professeur Titulaire. Autrement dit, la courtoisie institutionnelle ne doit pas être confondue avec la qualification académique.
Le Maître de Conférences : un enseignant de rang magistral, mais distinct du Professeur Titulaire
Cette précision ne retire rien au prestige du grade de Maître de Conférences. Le Maître de Conférences appartient au rang magistral (rang A) de la carrière universitaire, tout comme le Professeur Titulaire. Il peut diriger des thèses de doctorat, conduire des travaux de recherche et exercer des responsabilités académiques importantes. Ainsi, la différence réside dans le niveau atteint au sein de la hiérarchie universitaire. Elle ne réside pas dans la qualité scientifique de l’intéressé.
Les systèmes nationaux : une diversité souvent source de confusion
L’une des difficultés réside dans la coexistence de systèmes nationaux et du cadre régional du CAMES. Ainsi, le Cameroun connaît les grades d’Assistant, de Chargé de Cours, de Maître de Conférences et de Professeur Titulaire. Or, le grade de Chargé de Cours est propre au système camerounais. Il ne figure pas dans la nomenclature du CAMES. De même, en Côte d’Ivoire ou au Tchad, d’autres appellations existent également. Elles se conforment aux textes nationaux qui organisent la fonction publique universitaire. Cette diversité explique pourquoi deux enseignants, dans des pays différents, peuvent porter des grades différents. Pourtant, ils évoluent souvent dans des carrières comparables.
La rigueur académique, garante de la crédibilité universitaire
Au-delà des appellations, cette organisation répond à une logique essentielle : préserver l’excellence scientifique. Les promotions au sein du CAMES ne reposent pas sur des considérations administratives ou politiques. Elles s’appuient plutôt sur une évaluation par les pairs. Cette évaluation se fonde sur la production scientifique, l’encadrement doctoral et les contributions à la recherche. Dans un contexte où certains utilisent les titres universitaires de manière imprécise, la clarification s’impose. Rappeler les distinctions entre les grades nationaux et ceux du CAMES protège l’intégrité académique. Car dans l’enseignement supérieur, le prestige d’un titre ne réside pas seulement dans son appellation. Il repose avant tout sur l’exigence scientifique qui a permis de l’obtenir. Comme le dit un proverbe de Lambaréné : « Le grand arbre ne se proclame pas géant parce qu’il dépasse les autres. Il le devient parce que ses racines ont résisté à toutes les saisons. »












































