Suite au communiqué du Conseil des ministres du 25 juin 2026 portant création et réorganisation de la Compagnie Nationale de Navigation Intérieure et Internationale, Gabon Mail Infos et le Média International se sont rendus le 30 juin dans les locaux de la CNNII, au centre-ville de Libreville. Objectif : comprendre la portée de ce texte stratégique pour le transport maritime et fluvial du Gabon, auprès de son Directeur général, Alexis Mpiga.
GMI & LMI : Bonjour Monsieur Mpiga, merci de nous recevoir aujourd’hui.
Alexis Mpiga : Bonjour, c’est vraiment un plaisir. La CNNII a beaucoup à partager en ce moment.
GMI & LMI : Le Conseil des ministres a examiné le 25 juin 2026 un projet de loi sur la CNNII. Quel est le contexte de cette réforme ?
Alexis Mpiga : Volontiers. La CNNII a été créée en 1978. Une réforme est intervenue en 2013. Cette réforme devait faire passer la compagnie d’établissement public à société d’État. Cependant, l’ordonnance prise n’a jamais été ratifiée. Par conséquent, la CNNII fonctionnait depuis comme une société de fait. Ainsi, elle ne jouissait plus de ses prérogatives de puissance publique. Elle ne jouait plus son rôle d’armement national.
GMI & LMI : Concrètement, qu’est-ce que cela impliquait pour la compagnie ?
Alexis Mpiga : Cela nous plaçait dans une incapacité totale d’agir. En effet, aucun investisseur ne prend le risque de financer une entreprise sans garanties juridiques. De ce fait, nous avons travaillé pour donner à la CNNII un statut clair. Le nouveau texte adopté en Conseil des ministres est donc une création. Laquelle nous permet aujourd’hui de prélever la Redevance de navigation intérieure (RNI).
GMI & LMI : Pourquoi une création plutôt qu’une simple modification ?
Alexis Mpiga : L’incongruité juridique de 2013 a en réalité fait mourir la compagnie du point de vue de l’État. Or, l’État est actionnaire à cent pour cent. Puisque l’ordonnance fondatrice n’était plus viable, la CNNII n’existait juridiquement plus. C’est même une situation qui aurait pu engager plusieurs responsabilités. Nous avons donc restructuré la compagnie autour d’un cadre juridique viable. Ainsi naît la nouvelle CNNII, sous statut d’établissement public à caractère industriel et commercial.
GMI & LMI : Quelles sont les implications de ce nouveau statut ?
Alexis Mpiga : Elles sont nombreuses et favorables. Désormais, la CNNII dispose d’un cadre juridique stable. Tout partenaire sait donc avec qui il traite. Il sait que l’État garantit la compagnie, et cette garantie est écrite noir sur blanc. Celui qui vient signer un contrat avec la CNNII sait qu’il est protégé. Il traite avec une personne morale qui existe réellement, contrairement à la situation d’antan. Par ailleurs, ce nouveau statut sécurise également les employés face aux procédures judiciaires.
Gabon Mail Infos : Vous comparez souvent cette situation juridique à une naissance. Pouvez-vous nous expliquer cette image ?
Alexis Mpiga : C’est comme si vous aviez un enfant qui vient au monde aujourd’hui, vous lui donnez un héritage. Il meurt deux ans après et puis on continue de dire qu’il est vivant. Des gens viennent alors signer des actes en son nom. C’est exactement ce qui se passait avec la CNNII de 2013. Elle ne survit donc pas dans le nouveau texte, avec toutes les conséquences juridiques que cela implique.
Gabon Mail Infos : Comment les juges du Conseil d’État ont-ils accueilli ce texte ?
Alexis Mpiga : Ils nous ont félicités. En effet, tous ont constaté avec désarroi que cette situation avait perduré. Cette ambiguïté ne couvrait ni l’État gabonais, ni les employés, ni les partenaires, ni même la clientèle.
Gabon Mail Infos : Qu’en est-il des employés actuels de la CNNII ?
Alexis Mpiga : Il faut être clair : c’est une création. Cependant, l’objectif n’est pas de laisser les employés sans travail. L’entreprise traverse des difficultés qu’il faut absolument corriger. Ainsi, nous allons discuter avec les employés de plusieurs points essentiels. Un plan a déjà été mis en place avec l’État pour la dette sociale. Ce plan doit contenter les employés dans un avenir très proche.
GMI & LMI: Le ministre d’État en charge des Transports suit-il ce dossier de près ?
Alexis Mpiga : Absolument. La volonté était là, avec le concours du ministre d’État et les instructions du président de la République. Le ministre d’État travaille actuellement sur la question des arriérés de salaires. Il travaille également sur le règlement de la dette sociale. C’est un dossier qu’il a déjà sur sa table, et cela devrait aboutir dans les prochaines semaines.
GMI & LMI : Et pour le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, quel rôle a-t-il joué ?
Alexis Mpiga : Le président de la République, bâtisseur constamment engagé, nous demande sans cesse d’innover. Il nous pousse à nous réinventer face aux retards accumulés. Nous accusons treize ans de retard, faute d’avoir touché ces textes plus tôt. Avec ses instructions et celles du ministre d’État, nous devons désormais rattraper ce retard.
GMI & LMI: Quelle est la prochaine étape pour ce texte de loi ?
Alexis Mpiga : Le texte doit maintenant être soumis au Parlement. Nous espérons qu’il sera adopté rapidement. Le président de la République pourra ensuite le promulguer.
GMI & LMI: Vous parlez d’un « nouveau véhicule ». Que voulez-vous dire par là ?

Alexis Mpiga : Avant, notre véhicule était manuel. Désormais, il devient automatique. Cela signifie de nouvelles procédures et un nouveau mode de gestion. Le secteur maritime et portuaire évolue en permanence. Chaque trimestre impose de se réinventer. Nous ne pouvons plus rester dans le même statu quo.
GMI & LMI : Concrètement, comment cette gestion se traduira-t-elle ?
Alexis Mpiga : Nous sommes désormais dans la performance et dans la rentabilité. Des fiches de poste et des fiches d’évaluation seront mises en place. Chaque agent devra être rentable pour la compagnie. Chaque heure travaillée doit générer de la valeur ajoutée pour l’Etat.
GMI & LMI: Justement revenons à cette redevance, en quoi consiste-t-elle ?
Alexis Mpiga : Elle s’articule autour de l’entretien et du désenclavement des voies d’eau intérieure, c’est-à-dire elle contribue au financement du développement de la régulation, du contrôle et de la modernisation du secteur de la navigation intérieure. C’est à ce titre que nous avons commencé par une phase pédagogique auprès des opérateurs économique.
En effet, cette redevance n’est pas destinée à pénaliser leurs finances, au contraire elle conduit à désenclaver les zones reculées.
GMI & LMI: Comment ce nouveau statut juridique rassure-t-il les investisseurs ?
Alexis Mpiga : Un investisseur recherche toujours la stabilité avant d’engager des fonds. Désormais, des documents juridiques protègent clairement la société. Cela nous permet également de discuter avec les banques. Ces textes nous positionnent enfin comme une véritable entité de l’État.
GMI & LMI : Quelle est la mission profonde de la CNNII face à la vie chère ?
Alexis Mpiga : Beaucoup ont milité pour la fermeture de la CNNII. Pourtant, ils oublient notre deuxième mission : lutter contre la vie chère. Souvent, on blâme le port pour les prix élevés. En réalité, c’est l’absence de la CNNII qui pèse sur les coûts. Une fois notre bras armé pleinement opérationnel, le Gabon pourra baisser durablement ses coûts de transport.
GMI & LMI: Pouvez-vous illustrer cela avec un exemple concret ?
Alexis Mpiga : Prenons un exemple simple avec le riz importé. Un sac de 10 kilos de riz parfumé coûte environ mille francs au prix d’usine. L’État gabonais achète ce produit directement à ce tarif. La CNNII se charge ensuite du transport, avec le bateau, le carburant et l’assurance pris en charge par l’État. Le consommateur final paiera alors le sac autour de trois mille francs contrairement au prix de 10 500 FCFA actuel. C’est bien moins que les dix mille francs actuels sur le marché.
GMI & LMI: Ce principe s’applique-t-il aussi au pétrole ?
Alexis Mpiga : Exactement. Le pétrole du Gabon sera transporté directement par notre compagnie Nous ne subirons plus les marges imposées par les traders internationaux. Le même principe s’appliquera au manganèse extrait puis livré à l’acheteur final. Ainsi, l’État récupère pleinement le contrôle de sa chaîne logistique.
GMI & LMI : Quelle est la différence entre la CNNII et l’OPRAG ?
Alexis Mpiga : L’OPRAG est l’Office des Ports et Rades du Gabon. Il gère uniquement les infrastructures portuaires et les concessions associées. La CNNII, elle, s’occupe exclusivement du transport par voie d’eau. Nous desservons notamment les ports secondaires, comme les anciens débarcadères. Ces deux entités sont donc parfaitement complémentaires, aux côtés de la marine marchande.
GMI & LMI : Quels sont vos projets pour désenclaver l’intérieur du pays ?
Alexis Mpiga : Les grands navires ne peuvent pas naviguer jusqu’à Mitzic ou Fougamou. Nos barges et nos embarcations à faible tirant d’eau le peuvent. Nous devons organiser cette chaîne logistique entre la capitale et l’intérieur du pays. Cela permettra de freiner l’exode rural vers les grandes villes. Les populations pourront ainsi construire et se développer dans l’arrière-pays.
GMI & LMI: Enfin, comment comptez-vous redorer l’image de la CNNII auprès du public ?
Alexis Mpiga : Il faut d’abord corriger une erreur récurrente. On dit souvent « C2N2I », mais ce sigle n’a jamais existé. Le nom correct reste CNNII, et notre logo évoluera prochainement avec une nouvelle charte graphique. Nous avons également affrété un navire pour tester nos méthodes de gestion. Cette expérience nous a permis de redéfinir nos bases de travail. Je ne suis pas venu reproduire le passé : je suis venu bâtir l’avenir de cette entreprise.
Propos recueillis par le journaliste Roland Olouba Oyabi








































