Le 5 juin 2025, le colonel Michaël Randrianirina, président de la Refondation de Madagascar, a effectué une visite de travail de quarante-huit heures à Libreville. Objectif affiché : tirer les leçons de la transition gabonaise pour éclairer le chemin de Madagascar.
Une arrivée symbolique dans une capitale en pleine transformation
Dès sa descente d’avion, le président malgache a reçu un accueil officiel de haut rang. Le vice-président du gouvernement gabonais, Hermann Immongault, l’a personnellement accueilli sur le tarmac. Ce geste protocolaire illustre l’importance accordée par Libreville à ce rapprochement diplomatique.
Par la suite, le colonel Michaël Randrianirina a rendu hommage à la Place du Capitaine Charles N’Tchoréré. Ce moment de recueillement n’est pas anodin. Il témoigne d’une volonté de nouer des liens au-delà du seul pragmatisme politique. En visitant ensuite plusieurs infrastructures achevées ou en cours à Libreville, la délégation malgache a cherché à s’imprégner concrètement de l’expérience gabonaise.
Yvon Sana Bangui, analyste des relations institutionnelles africaines, souligne que « les visites de terrain constituent souvent le vecteur le plus efficace de transfert d’expérience entre pays engagés dans des processus similaires de refondation ».
Apprendre d’une transition déjà engagée
Au cœur de cette visite, l’audience avec le président Brice Clotaire Oligui Nguema au Palais Rénovation a constitué le temps fort diplomatique. Les échanges ont porté sur la coopération bilatérale, mais aussi sur les dynamiques de transition politique respectives. Le Gabon a amorcé la sienne en août 2023. Madagascar s’y est engagé, quant à lui, depuis octobre 2025.
La délégation malgache a notamment assisté à une présentation du professeur Guy Rossatanga-Rignault. Ce dernier a détaillé « les principales étapes de la transition gabonaise et les principes qui ont guidé le retour à l’ordre constitutionnel ». Un cadre analytique précieux, destiné à nourrir la réflexion malgache.
Le colonel Michaël Randrianirina a clairement exprimé ses attentes. « Nous serons honorés de pouvoir tirer profit de l’expérience gabonaise afin d’enrichir nos réflexions sur les aspects essentiels de notre propre transition », a-t-il déclaré. Il a également plaidé pour un approfondissement des échanges techniques entre les deux équipes gouvernementales.
Patricia Danielle Manon, spécialiste en gouvernance comparée, rappelle opportunément que « la coopération entre pays en transition constitue un levier sous-estimé de consolidation démocratique sur le continent africain ».
Un dialogue inclusif comme boussole commune
En réponse, le président Oligui Nguema a réaffirmé l’engagement du Gabon à accompagner Madagascar. Il a notamment encouragé « la poursuite du dialogue inclusif ainsi que l’organisation d’élections libres, transparentes et apaisées ». Ces principes forment désormais le socle des engagements partagés entre les deux chefs d’État.
De plus, le président gabonais a exprimé sa solidarité face aux récentes catastrophes naturelles survenues à Madagascar. Ce geste élargit la portée de la coopération. Il y intègre la dimension humanitaire et environnementale, deux défis que les deux pays affrontent avec des ressources inégales.
Cette convergence illustre une vision plus large de la coopération Sud-Sud. Confrontés à des enjeux communs? instabilité climatique, fragilité institutionnelle, pression sociale? ces pays choisissent le dialogue plutôt que l’isolement.
Vers un partenariat structuré et durable
Enfin, les deux parties ont affiché leur volonté de structurer durablement leurs relations bilatérales. « Nos deux pays ont intérêt à renforcer leur coopération, tant sur le plan bilatéral que multilatéral », a souligné le président malgache. Un cadre de travail commun doit ainsi dynamiser les partenariats économiques et stratégiques.
En guise de réciprocité, le président Oligui Nguema a annoncé son intention de se rendre prochainement à Antananarivo. Cette promesse de visite scelle symboliquement un rapprochement appelé à se concrétiser. Gabon et Madagascar avancent désormais ensemble, avec la conviction que leurs expériences respectives constituent une ressource partagée pour l’Afrique en transition.


























