La route Libreville–Lébamba est impeccable. Ce long ruban de bitume traverse fièrement la Ngounié. Pourtant, elle semble allergique aux produits agricoles. Les régimes de bananes continuent de faire du stop sous un soleil impitoyable. Ils espèrent qu’un bus compatissant les embarquera vers la capitale. Le goudron est parfait, mais l’économie locale avance encore en charrette.
En parallèle, les Louvanois observent, perplexes, ce ballet routier quotidien. Seuls les politiciens, les touristes et les malades de Bongolo semblent avoir droit au tapis rouge sur la route Libreville–Lébamba. Le manioc local, star incontestée des tables gabonaises, se retrouve compressé dans des pick-up épuisés. Il participe malgré lui à un concours de tetris agricole. Autrement dit, une route moderne ne suffit pas à dynamiser une filière entière.
Une logistique agricole encore à l’état de piste
En effet, les producteurs de Lébamba n’en rient plus depuis longtemps. Ils rêvent d’une filière organisée et de camions adaptés à leurs récoltes. Des circuits de distribution dignes de ce nom restent introuvables sur l’axe Libreville–Lébamba. Leurs légumes sont condamnés à finir écrasés avant même d’atteindre Mouila. Ainsi, le paradoxe est saisissant : infrastructure neuve, mais logistique agricole inexistante.
Par ailleurs, même les aubergines réclament désormais un ticket VIP pour Libreville. Elles méritent, elles aussi, une place dans les étals urbains. Si les autorités ne se décident pas à agir rapidement, les tomates pourraient organiser une marche pacifique. Elles dénonceront la marginalisation criante des légumes ruraux. De plus, cette situation fragilise chaque année davantage les revenus des familles paysannes.
Bitume impeccable, mais terroir sans filière : le vrai chantier reste ouvert
En définitive, le développement ne se mesure pas seulement en kilomètres de bitume sur l’axe Libreville–Lébamba . Il se mesure en capacité réelle à valoriser les richesses locales. Une route qui ne transporte pas les produits du terroir ne nourrit personne. C’est un frigo vide dans une cuisine flambant neuve : ça fait joli, rien de plus. Finalement, construire une route sans organiser sa filière agricole, c’est poser la moitié d’une solution.
























