Libreville, le 10 mai 2026- Au Palais Léon Mba, l’audition du ministre François Ndong Obiang devant la Commission de l’Aménagement du Territoire, des Infrastructures et des Travaux Publics n’avait rien d’une simple formalité législative. À travers l’examen du projet de loi portant ratification de l’ordonnance réorganisant l’Autorité de Régulation des Transports Ferroviaires (ARTF), les députés ont en réalité ouvert un débat bien plus profond : celui de l’efficacité réelle des institutions publiques face aux attentes concrètes des citoyens.
Depuis plusieurs années, le secteur ferroviaire gabonais cristallise frustrations et interrogations. Retards récurrents, préoccupations liées à la sécurité, gouvernance critiquée et qualité de service contestée ont progressivement installé dans l’opinion l’idée d’un système nécessitant une réforme de fond. En renforçant les prérogatives de l’ARTF, les autorités cherchent désormais à repositionner le régulateur comme véritable contrepoids technique capable d’imposer davantage de discipline aux opérateurs du rail.
Mais derrière les considérations juridiques et administratives, les échanges parlementaires ont révélé une exigence nouvelle. En effet, celle d’une gouvernance publique davantage tournée vers les résultats. Ainsi, elle privilégie les résultats plutôt que les seules annonces institutionnelles.
Lorsque l’honorable Huguette Tsono interroge la capacité de l’ARTF à garantir la ponctualité des trains et le confort des usagers. En effet, elle exprime une préoccupation populaire essentielle. Elle demande à quoi sert une réforme si elle ne transforme pas concrètement le quotidien des citoyens.
Même logique chez Jean‑François Ndongou, qui a souhaité connaître les sanctions infligées à Setrag face aux manquements observés par l’ARTF. Derrière cette question apparaît une attente forte de redevabilité. Les Gabonais ne veulent plus seulement des structures ; ils veulent des institutions capables de contrôler, sanctionner et produire des résultats visibles.
C’est toutefois l’intervention du président de l’Assemblée nationale, Michel Régis Onanga Ndiaye, qui donne à cette séquence toute sa portée politique. En effet, il regrette que les membres du gouvernement se présentent devant les députés uniquement pour défendre des textes. Ainsi, il déplore l’absence de bilan des actions déjà engagées. Par ailleurs, il introduit une rupture symbolique importante dans la culture administrative gabonaise.
Son appel à intégrer systématiquement une « partie bilan » dans les exposés gouvernementaux traduit l’émergence progressive d’une logique de reddition des comptes. Autrement dit, l’administration ne serait plus seulement jugée sur ses intentions ou ses projets, mais également sur ses performances mesurables.
Cette évolution est loin d’être anodine. Dans de nombreux États africains, les institutions souffrent souvent d’un déficit de suivi. En effet, les réformes s’accumulent sans évaluation publique réelle de leur impact. Par ailleurs, le Parlement gabonais exige davantage de transparence sur les résultats obtenus. Ainsi, il tente d’installer une nouvelle culture politique fondée sur l’évaluation et la responsabilité.
La réorganisation de l’Autorité de Régulation des Transports Ferroviaires apparaît ainsi comme un révélateur d’un changement plus vaste. En effet, elle traduit un État appelé à passer d’une administration de procédures. Par ailleurs, cet État évolue vers une administration de performance.
Car au fond, les citoyens jugent rarement une institution à la sophistication de ses textes.
À travers cette audition, les députés ont envoyé un message clair. En effet, dans le « Nouveau Gabon » invoqué par les autorités, la réforme de l’ARTF ne pourra plus être seulement normative. Désormais, elle devra être visible, vérifiable et utile.
Comme le disent les anciens de Lambaréné : « Le pêcheur ne prouve pas son talent en montrant son filet, mais en ramenant du poisson au village. »


























