L’ancien Premier ministre gabonais Alain Claude Bilie-By-Nze a été placé sous mandat de dépôt jeudi soir, au terme d’une comparution éclair devant le tribunal de Libreville. C’est une première dans l’histoire du Gabon qu’un ancien Premier ministre se retrouve en prison au Gabon. Selon plusieurs sources concordantes issues de son entourage politique, il a été immédiatement transféré à la prison centrale, quelques heures seulement après son audition par les autorités judiciaires.
Cette arrestation intervient dans un contexte politique particulièrement tendu au Gabon, à peine quelques jours après la tenue de l’élection présidentielle du 12 avril 2025. Figure de proue de l’opposition, Bilie-By-Nze était le principal adversaire du général Brice Clotaire Oligui Nguema, chef de l’État et vainqueur du scrutin. Il avait terminé en deuxième position, rassemblant une part significative de l’électorat opposé à l’actuel régime.
Les charges retenues : escroquerie et abus de confiance
Le procureur de la République, Dick Fabrice Boungou Mikolo, a confirmé dans un communiqué officiel l’ouverture d’une enquête judiciaire à l’encontre de l’ancien chef du gouvernement. Les faits reprochés portent sur des accusations présumées d’escroquerie et d’abus de confiance.
Selon les éléments rendus publics par le magistrat, la plainte concerne le non-remboursement allégué d’une somme de cinq millions de francs CFA remise en 2008. Malgré de nombreuses démarches engagées par la plaignante au fil des années, cette somme n’aurait jamais été restituée. Le procureur a toutefois tenu à rappeler le principe fondamental de la présomption d’innocence dont bénéficie le mis en cause, ainsi que l’obligation de respecter le secret de l’instruction en cours.
L’opposition dénonce une instrumentalisation de la justice
Au sein du parti Ensemble pour le Gabon (EPG), dont Bilie-By-Nze est une figure centrale, la consternation est palpable. Plusieurs cadres du mouvement ont exprimé leur incompréhension face à ce qu’ils qualifient ouvertement de cabale politique. Pour eux, le timing de cette arrestation, survenue au lendemain même d’une élection présidentielle, ne relève pas du hasard.
Arrêté mercredi soir à son domicile, l’ancien Premier ministre avait multiplié, ces derniers mois, les prises de position critiques envers la gestion du pays par les autorités actuelles. Sans langue de bois, il dénonçait publiquement ce qu’il considérait comme des dérives dans la gouvernance post-transition.
Une instruction judiciaire appelée à se poursuivre
D’après des sources proches du dossier, la procédure judiciaire devrait se prolonger dans les prochains jours. L’instruction est désormais ouverte, et de nouvelles auditions pourraient être ordonnées par le juge en charge de l’affaire.
Cette affaire suscite une attention croissante au-delà des frontières gabonaises. Des observateurs africains et des organisations de défense des droits humains commencent à surveiller de près l’évolution de la situation, interrogeant la réalité de l’indépendance de la justice dans un pays qui sort à peine d’une transition institutionnelle.
L’incarcération d’Alain Claude Bilie-By-Nze, une première dans l’histoire du Gabon qu’un ancien Premier ministre soit placé sous mandat de dépot à la prison centrale de Libreville, marque une nouvelle étape dans la recomposition du paysage politique gabonais, dont les contours restent encore largement incertains.


























