Il y a des voyages qui valent bien plus qu’un simple déplacement protocolaire. La visite officielle du vice-président chinois Han Zheng aux Seychelles, dernière escale d’une tournée africaine ayant préalablement touché le Kenya et l’Afrique du Sud, en est l’illustration parfaite. Deux jours pour célébrer cinquante ans d’une relation diplomatique née en 1976, dans le sillage de l’indépendance de l’archipel, et pour en dessiner résolument les contours futurs.
Un demi-siècle de confiance réciproque
Accueilli avec les honneurs par le président Patrick Herminie, Han Zheng a également conduit des entretiens substantiels avec le vice-président Sebastien Pillay. Ces échanges au sommet ont confirmé la solidité d’un édifice diplomatique patiemment construit sur cinq décennies. Commerce, infrastructures, innovation numérique, économie bleue : les piliers de cette coopération couvrent désormais un spectre remarquablement large, témoignant d’une relation qui a su évoluer bien au-delà des premiers liens forgés dans les années 1970.
L’ancien vice-président seychellois Vincent Meriton a parfaitement résumé l’enjeu de cet anniversaire en appelant à dresser un bilan global des acquis communs, de l’éducation à la santé, en passant par la culture et l’environnement. Un demi-siècle, c’est le temps qu’il faut parfois pour mesurer la profondeur d’une amitié entre nations.
Des projets concrets ancrés dans le quotidien des Seychellois
Loin de se cantonner aux salons feutrés de la diplomatie, Han Zheng a tenu à imprimer sa visite dans la réalité tangible du terrain. Il a inauguré un programme de logements financé par China Aid dans les quartiers de Béolière et Cap Bonm Zan. Avec 140 unités résidentielles promises à des familles en attente de toit, ce projet incarne la philosophie chinoise de la coopération Sud-Sud : construire du concret, du visible, du durable.
La visite de la SBC House, nouvelle station de télévision nationale érigée avec le soutien de Pékin, a complété ce tour d’horizon des réalisations communes. Médias, logement, infrastructures : la Chine grave ainsi son empreinte dans le paysage quotidien des Seychellois, pierre par pierre, antenne par antenne.
L’océan Indien, nouveau front stratégique
Si les réalisations passées méritent d’être saluées, c’est l’horizon maritime qui semble concentrer les ambitions partagées des deux nations. Les échanges commerciaux bilatéraux ont atteint 84 millions de dollars en 2024, un chiffre solide qui reflète une interdépendance économique croissante. Mais au-delà des statistiques, c’est l’économie bleue qui cristallise les espoirs les plus audacieux : pêche durable, protection des écosystèmes marins, gestion responsable des ressources océaniques.
Dans un monde où les océans sont devenus des enjeux géopolitiques de premier plan, le partenariat sino-seychellois prend une dimension stratégique qui dépasse largement les frontières de l’archipel. Les Seychelles, avec leurs 1,4 million de kilomètres carrés d’eaux territoriales, représentent un actif précieux dans le grand jeu indo-pacifique que Pékin entend jouer sur le long terme.
Cette escale finale d’Han Zheng dans l’océan Indien n’est donc pas un point final, mais plutôt un point de départ. Cinquante ans de relation ont posé des fondations solides ; les cinquante prochaines s’annoncent plus ambitieuses encore.


























