Libreville, le 05 fevrier 2026- Dans l’entretien qu’il a accordé à TV5 Monde, Alain Claude Bilie-By-Nze a choisi de placer d’emblée le débat sur le terrain des priorités nationales, livrant une critique directe de la gouvernance actuelle du président Brice Clotaire Oligui Nguema. Selon l’ancien Premier ministre, la transition « ne répond pas aux urgences sociales du pays » et opère plutôt « un déplacement des priorités » qui éloigne l’État de ses missions fondamentales.
Au cœur de sa charge figure le recrutement massif de militaires, qu’il considère incompatible avec la résolution de la crise éducative. « L’éducation c’est fondamental et là le pouvoir recrute les militaires », a déclaré Alain Claude Bilie By Nze avant de rappeler ce que lui et ses soutiens auraient fait : « Nous, on préfère faire la guerre contre l’analphabétisme et l’illettrisme pour que les Gabonais et les Gabonaises, notamment les jeunes, soient préparés aux défis de demain. Avoir déjà les militaires qu’on a recruté depuis trois ans ne suffit pas pour connaître une éducation de qualité. Cela n’a pas de rapport ».
L’ancien chef du gouvernement inscrit également son raisonnement dans les chiffres de la dette publique, qu’il présente comme « la mesure la plus objective d’un bilan ». « Lorsque je quitte mes fonctions, après sept mois à la tête du gouvernement, l’endettement est de 56 % du PIB », rappelle-t-il, avant d’ajouter : « Aujourd’hui, la dette est de 73 %. » Il alerte encore sur les projections à venir, affirmant qu’elle serait « attendue à 80 % en 2026 et 85 % en 2027 ». Sa conclusion est sans détour : « Le passage de 56 % à plus de 70 % relève de la responsabilité de la gouvernance actuelle », rejetant ainsi l’argument d’un simple héritage du passé.
Mais c’est sur le terrain des libertés publiques que son propos se fait le plus accusateur. « Des journalistes et des syndicalistes sont jetés en prison à la moindre contestation », affirme Alain Claude Bilie-By-Nze, y voyant « le seul moyen trouvé par les gouvernants actuels pour freiner la contestation du peuple ». À ses yeux, cette pratique traduit « une gestion répressive du désaccord social » où « la contrainte remplace le dialogue ».
À travers ces déclarations, l’ancien Premier ministre dessine l’image d’une transition qui « priorise l’armée sur l’école », accompagne « une hausse rapide de l’endettement » et installe « un climat où la contestation conduit à l’emprisonnement ». En posant publiquement ces accusations, il ramène le débat gabonais à une interrogation fondamentale : « Quelles sont réellement les priorités du pouvoir : la force, l’éducation ou les libertés ? » Dans toute période charnière, rappelle-t-il en filigrane, « c’est la réponse à cette question qui finit toujours par être jugée par l’histoire ».


























