Plus d’un an après son assassinat sur son lieu de travail, le vigile gabonais Ruffin Manfoumbi a été enterré à titre d’indigent dans une fosse commune à Port-Gentil. Une décision qui choque l’opinion publique et qui met en lumière les dysfonctionnements d’un secteur où les travailleurs sont souvent laissés à eux-mêmes. Le parquet a autorisé cette inhumation après que la société Gabosep a invoqué le dépassement du délai légal de conservation des corps, fixé à six mois.
Ce dénouement tragique illustre non seulement l’abandon d’un homme par son employeur, Fox Fort Security, mais aussi l’absence de mécanismes solides pour protéger les agents de sécurité, pourtant exposés quotidiennement à des risques majeurs. Ruffin Manfoumbi avait travaillé deux années consécutives sans contrat formel ni bulletins de salaire, une situation qui traduit la précarité structurelle dans laquelle évoluent de nombreux vigiles au Gabon.
Le 9 décembre 2024, alors qu’il assurait une garde de nuit, il a été violemment agressé. Selon les témoignages, Ruffin Manfoumbi aurait reçu un coup fatal à la nuque avant d’être roué de coups, le plongeant dans le coma. Les zones d’ombre autour de la gestion de son corps et du rôle de son employeur nourrissent la colère de sa famille, qui dénonce un « mépris » et réclame justice. La plainte déposée contre Fox Fort Security évoque notamment la non-assistance à personne en danger et le déplacement du corps sans constat judiciaire ni médical.
Au-delà de ce cas particulier, l’affaire Manfoumbi révèle un problème systémique : l’absence de régulation stricte et de contrôle efficace des sociétés de gardiennage. Ces entreprises, souvent florissantes, prospèrent sur la vulnérabilité de leurs agents, employés sans garanties légales ni protection sociale. Le drame pose donc une question cruciale : quelle responsabilité incombe à l’État dans la régulation de ce secteur et dans la protection des travailleurs ?
L’inhumation de Ruffin Manfoumbi dans une fosse commune, après plus d’un an d’attente, symbolise l’indifférence institutionnelle face à la dignité humaine. Elle rappelle l’urgence d’une réforme profonde du secteur de la sécurité privée, afin que plus jamais un agent ne soit sacrifié dans l’anonymat et l’oubli.


























