Libreville, le 22 décembre 2025 – La scène survenue à Nkembo, derrière une station-service, n’est pas un simple incident de quartier. Deux policiers, censés être les gardiens de l’ordre public, se sont affrontés physiquement en pleine rue, offrant aux citoyens médusés un spectacle affligeant. Au-delà des coups échangés, c’est l’autorité de l’État qui a vacillé sous les yeux de tous.
L’uniforme policier n’est pas un attribut banal. Il est la matérialisation visible de la loi, de la discipline et de la retenue. Il impose à celui qui le porte une exigence supérieure de comportement, précisément parce qu’il agit au nom de la République. Lorsque cet uniforme se retrouve mêlé à une rixe publique, il perd sa solennité et se vide de sa substance symbolique. La force publique cesse alors d’inspirer le respect pour susciter la dérision, voire la défiance.
Cet épisode met crûment en lumière une défaillance grave : l’incapacité de certains agents à maîtriser leurs pulsions et à régler leurs différends dans le cadre strict de la hiérarchie et des procédures internes. Dans un pays où l’on demande aux forces de sécurité d’apaiser les tensions sociales, de prévenir les violences et de garantir la stabilité, voir des policiers se comporter comme de simples protagonistes de querelles de rue relève d’un contresens institutionnel.
La question n’est donc pas seulement disciplinaire ; elle est structurelle et morale. La police doit être un rempart, non un miroir des dérives qu’elle est chargée de combattre. La sélection, la formation continue, l’encadrement psychologique et le sens de la responsabilité doivent être réinterrogés avec sérieux. L’autorité ne se mesure pas à la force des poings, mais à la capacité de se contenir, surtout lorsque l’on est investi d’un pouvoir coercitif.
Il faut le dire avec clarté et sans faux-semblants : des agents incapables de préserver la dignité de leur fonction en public ne sont pas dignes de l’uniforme qu’ils portent. Laisser passer un tel comportement sans réaction ferme serait une faute lourde, car l’impunité ronge les institutions plus sûrement que la critique. Des sanctions exemplaires sont nécessaires, non pour humilier, mais pour rappeler que l’ordre commence toujours par soi-même.
Nkembo ne doit pas être relégué au rang d’anecdote honteuse rapidement oubliée. Cet incident doit servir de signal d’alarme. La crédibilité de la police, déjà fragilisée par de multiples défis, ne pourra être restaurée que par l’exemplarité, la rigueur et le courage institutionnel. L’uniforme commande le respect, mais encore faut-il que ceux qui le portent commencent par se respecter eux-mêmes.
Comme le dit un proverbe à Lambaréné : « Celui qui ne sait pas se gouverner lui-même ne peut prétendre gouverner les autres. »

























