Libreville s’est éveillée comme sous un voile de deuil, ce 23 novembre 2025, lorsque la nouvelle de la disparition de Michel Raymond Anchouey a traversé la ville telle une brise glacée. À 91 ans, le patriarche Mpongwè, mémoire ardente de la République et pilier de la vie institutionnelle, s’est éteint à son domicile de Batterie IV, refermant doucement le livre d’une existence consacrée à la Nation. Une lumière s’est consumée, et son départ ressemble au dernier souffle d’une veilleuse qui, longtemps, avait éclairé les chemins du Gabon.
Né le 29 septembre 1934, Anchouey incarna durant plus de soixante ans ce serviteur infatigable que rien ne détourne du devoir. Formé à l’École nationale française des douanes, diplômé en sciences politiques, en droit et certifié en sociologie, il portait la rigueur comme une seconde peau. Inspecteur principal en 1967, puis secrétaire général adjoint de l’UDEAC, il participa à poser les premières pierres de l’intégration régionale, tel un maçon patient bâtissant une maison plus grande que lui.
Ministre du Plan dès 1975, puis de l’Agriculture à partir de 1980, il exerça le pouvoir comme on taille une sculpture : avec précision, endurance et humilité. On disait de lui qu’il « ne dormait jamais », tant son sens du devoir semblait absorber ses nuits. Sur la scène internationale, il présida le groupe ACP et corna les négociations de la Convention de Lomé II, laissant dans les archives diplomatiques une empreinte rappelant la force tranquille de ceux qui œuvrent sans bruit.
Mais Anchouey ne fut pas seulement un administrateur hors pair ; il fut aussi un bâtisseur de mémoire. Ses ouvrages, dont « Premiers pas vers une nation » et « Organisation et fonctionnement d’une chefferie chez les Mpongwè », témoignent d’un homme soucieux de figer l’Histoire avant qu’elle ne s’effrite. Membre de la Cour constitutionnelle de 1998 à 2012, il veilla à la solidité de l’édifice juridique comme un gardien veille sur le feu sacré.
Son décès laisse un vide qui résonne comme un tambour funéraire. Le Gabon perd un sage, les Mpongwè un père, la Nation une conscience. Mais l’Histoire, elle, gagne un immortel, dont le nom continuera de vibrer comme une dernière bougie refusant de s’éteindre. Dans le silence recueilli des foyers et des institutions, nombreux sont ceux qui voient en lui le dernier souffle d’une génération dont la droiture, la discipline et l’amour du pays demeureront des repères indélébiles pour toujours.


























