Le 23 mai 2024, sous les caméras et les applaudissements, le Gabon célébrait en grande pompe la réception d’un navire flambant neuf venu tout droit de Turquie. Ce bateau, promis comme la solution miracle au calvaire des liaisons maritimes entre Libreville et Port-Gentil, devait incarner le renouveau du transport côtier. Moins de deux ans plus tard, silence radio : plus aucune trace du fier vaisseau. Pas un communiqué, pas une explication. Comme englouti dans les abysses de la bureaucratie et il conviendrait désormais de l’appeler le bateau fantôme d’Owendo.
Où est donc passé ce navire censé désengorger les routes et soulager les portefeuilles ? A-t-il sombré dans les eaux troubles de la mauvaise gestion ou dérivé vers des intérêts moins avouables ? Pourquoi aucune autorité ne s’est-elle publiquement exprimée sur le sort de ce projet pourtant présenté comme une fierté nationale ? Autant de questions qui flottent, sans ancre ni réponse.
Pendant ce temps, les habitants de Port-Gentil suffoquent sous le poids du coût du transport. Pour un simple aller-retour Port-Gentil/Libreville, il faut désormais aligner pas moins de 100 000 francs CFA. Une somme qui, pour une famille de cinq personnes, se transforme en une saignée financière de 500 000 francs. Comment en est-on arrivé là ? Où se situe la responsabilité de l’État, censé garantir un minimum de justice tarifaire dans un pays aux vastes ressources maritimes ?
Certains murmurent que des compagnies privées, voyant leur rente menacée, auraient manœuvré pour enterrer discrètement le projet. Faut-il y voir la main invisible de certains intérêts économiques jaloux de leur monopole ? Ou bien s’agit-il, plus prosaïquement, d’un échec logistique, d’un bateau livré sans plan d’exploitation, ni stratégie de maintenance, ni équipage formé ?
Ce navire, symbole d’espoir, devait relier les deux capitales économiques du pays à moindre coût. Aujourd’hui, il symbolise plutôt le naufrage de la transparence publique, le bateau fantôme d’Owendo. Comment un bien d’une telle importance, financé par les deniers du contribuable, a-t-il pu disparaître sans que personne ne s’en émeuve au sommet de l’État ?
La présidence de la République, le ministère des transports et la marine marchande doivent des réponses. Pas des silences sur le bateau fantôme d’Owendo. Car dans ce pays où les routes terrestres peinent déjà à relier les régions, la mer devait être l’alternative. Hélas, elle semble aujourd’hui être devenue le cimetière des promesses englouties.
Dossier à suivre, car la mer, elle, ne ment jamais.
Par Darlyck Ornel Angwe










































