Le second tour des élections législatives au Gabon s’est tenu dans un climat de désillusion et de défiance. Malgré les appels au vote, les électeurs ont massivement boudé les urnes. En cause : les irrégularités du premier tour du 27 septembre, encore fraîches dans les esprits, qui ont profondément ébranlé la confiance des citoyens dans le processus électoral. Les urnes désertées traduisent aujourd’hui un désenchantement collectif face à une démocratie fragilisée.
Une participation en chute libre
Sur les quelque 530 000 électeurs inscrits, les taux de participation ont oscillé entre 15 % et 47,9 %, selon les circonscriptions. Dans les bureaux de vote, notamment ceux de la Zone Europe, le silence était assourdissant. À Libreville, dès l’ouverture à 7h01, l’absence de file d’attente et le passage sporadique de quelques électeurs témoignaient d’un désintérêt palpable. Certains se sont déplacés uniquement pour récupérer leur carte d’électeur, sans voter. Les urnes désertées racontaient mieux que tout discours la rupture entre le peuple et les institutions.
Des radiations inexpliquées
Plusieurs électeurs motivés ont été confrontés à une disparition soudaine de leur nom des listes électorales. « J’ai voté ici à la présidentielle d’avril, mais depuis le premier tour, mon nom a disparu », déplorait une électrice du 5ᵉ arrondissement, carte en main. D’autres ont tenté en vain de faire valoir leur droit, face à une administration incapable de fournir des explications claires. Les urnes désertées sont devenues le symbole d’une exclusion silencieuse.
Une défiance enracinée
La désorganisation du scrutin du 27 septembre a laissé des traces. Pour beaucoup, le second tour n’était qu’une mascarade. « Qui va se déplacer pour cautionner cette mascarade ? », interrogeaient des Gabonais de la diaspora. À Nzeng-Ayong, un trentenaire résumait le sentiment général : « Ils ont tué notre confiance. Je suis inscrit, mais je ne vote pas ». Même ceux qui ont voté l’ont fait avec résignation, évoquant un devoir civique plus qu’une réelle adhésion. Dans tout le pays, les urnes désertées ont parlé d’elles-mêmes.
Des procurations en berne
Autre signe du désengagement : la quasi-disparition des procurations, pourtant nombreuses au premier tour. À 18 heures, les bureaux ont fermé, les résultats ont été affichés, confirmant une abstention record.
Ce scrutin du 11 octobre illustre une fracture démocratique profonde. Les irrégularités du premier tour ont miné la légitimité du processus électoral, provoquant une abstention massive. Le refus de se mobiliser n’est pas un désintérêt politique, mais un acte de protestation silencieuse. Face à une démocratie vacillante, les Gabonais ont choisi le retrait plutôt que la résignation.


























